lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, Mme A D C, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de refus implicite opposée par le préfet de la Loire-Atlantique, à la demande présentée le 31 janvier 2019 pour l'échange de permis de conduire délivré par les autorités de Guinée contre un permis de conduire français ;
2°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête est recevable car elle a présenté sa demande d'échange de permis de conduire le 31 janvier 2019 alors qu'elle était au CADA de St Jeoire 74490. Elle a reçu un courrier du CERT daté du 12 mai 2021 à sa nouvelle adresse, lui demandant un duplicata de son permis de conduire guinéen. Après réponse à cette demande elle a reçu un courrier du CERT, daté du 19 juillet 2022, lui indiquant que la demande de duplicata est une erreur et qu'elle a déjà eu un refus d'échange le 25 mai 2020 et que cette décision lui a été notifiée mais qu'elle ne l'a pas réclamée. En fait, cette notification a été faite à son ancienne adresse. En conséquence elle a formé un recours gracieux le 14 septembre 2022 resté sans réponse et suivi d'une demande des motifs de refus en application de l'article 232-4 du CRPA. Sans réponse à cette demande son recours est recevable.
- la décision de refus implicite est entachée de défaut de motivation ;
- à la date de sa demande d'échange le 31 janvier 2019, l'article 11.1 de l'arrêté du 12 janvier 2012 dispensait le demandeur ayant statut de réfugié, de l'obligation d'un accord de réciprocité entre la France et le pays ayant délivré le permis de conduire à échanger ; cette dérogation n'a été supprimée que par l'arrêté du 9 avril 2019 entré en vigueur le 19 avril, la sécurité juridique impose qu'il soit tenu compte du fait qu'elle s'est vue reconnaître le statut de réfugié par l'OFPRA le 22 novembre 2018 ; elle ne peut demander à son pays d'origine un duplicata de son permis guinéen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que celle-ci est infondée.
Vu les autres pièces du dossier notamment la décision du 23 août 2023 accordant l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, admise au statut de réfugié par décision de l'OFPRA du 22 novembre 2018, est titulaire d'une carte de résident délivrée le 22 mai 2019. Le 31 janvier 2019, Mme C a déposé une demande d'échange de son permis de conduire guinéen contre un permis de conduire français. Par décision du 25 mai 2020, le préfet de Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande au motif qu'il n'y a pas d'accord de réciprocité entre la France et la Guinée. Mme C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 14 septembre 2022 et de la demande de motifs du 28 novembre 2022 concernant le refus d'échange de son permis de conduire guinéen.
2. Il ressort des pièces produites par les parties, la chronologie des faits suivants. Le 31 janvier 2019 Mme C présente sa demande d'échange de permis de conduire en indiquant son adresse au CADA de St Jeoire 74490. Par courrier LRAR 2C 152 058 7471 4 du 25 mai 2020 adressée à la même adresse, le préfet de la Loire-Atlantique informe la requérante que l'échange de permis demandé est refusé au motif qu'il n'y a pas d'accord de réciprocité entre la France et la Guinée. Ce courrier de notification de la décision défavorable est retourné à l'administration avec la mention " Avisé le 29/05/20 " sur le papillon de restitution à l'expéditeur, la case cochée est " Pli avisé et non réclamé ". Un an plus tard, par courrier LRAR 2C 132 309 0791 9, du 12 mai 2021, adressé à la nouvelle adresse de la requérante au 3 rue du Vallard 74210 Gaillard, le CERT demande à la requérante un duplicata de son permis de conduire guinéen affecté d'une anomalie et lui restitue ce permis initial. Par courrier du 18 juillet 2022, le conseil de la requérante répond au courrier du CERT en indiquant qu'en tant que réfugiée sa cliente ne peut solliciter le duplicata de permis. Par lettre simple datée du 19 juillet 2022, le CERT indique que son courrier du 12 mai 2021 est une erreur et que la demande initiale d'échange de permis a été instruite et rejetée par courrier du 25 mai 2020. Par courrier du 14 septembre 2022 adressé au CERT, le conseil de la requérante conteste, d'une part, les conditions de la notification du refus daté du 25 mai 2020 d'ailleurs jointe au courrier de recours gracieux, et d'autre part le motif de refus de l'échange.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen tiré du défaut de notification de la décision du 25 mai 2020 :
3. Si la requérante affirme que la décision du 25 mai 2020 a été notifiée à une adresse erronée, elle ne l'établit pas par les pièces produites. En outre la nouvelle adresse invoquée apparaît sur le courrier du CERT reçu un an plus tard en 2021 et non en 2020.
4. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis. Comme il a été décrit au point 2. le pli contenant la décision du 25 mai 2020 porte des mentions précises, claires et concordantes suffisantes à constituer la preuve d'une notification régulière. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification de la décision du 25 mai 2020 est écarté.
Sur le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 25 mai 2020 :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. La motivation de la décision du 25 mai 2020, reprise dans le courrier du CERT daté du 19 juillet 2022, indiquait que le refus d'échange de titre en litige est opposé, en droit, sur le fondement de l'article R 222-3 du code de la route et de l'article 5-I-A de l'arrêté du 12 janvier 2012 qui prévoit que l'échange de permis de conduire étranger établi hors de l'Union européenne ou de l'espace économique européen n'est possible que si un accord de réciprocité existe entre la France et le pays émetteur du permis à échanger et que ce refus est opposé, en fait, à la requérante en l'absence d'accord entre la Guinée et la France. Ainsi la décision défavorable du 25 mai 2020 est motivée en fait et en droit et le moyen tiré du défaut de motivation est écarté.
Sur le moyen tiré de l'illégalité du motif de refus d'échange du permis de conduire guinéen à une personne ayant le statut de réfugié :
7. La requérante fait valoir que compte tenu de la date de sa demande d'échange de permis de conduire guinéen le 31 janvier 2019 et de son statut reconnu de réfugiée, elle doit bénéficier des dispositions favorables de l'article 11.1 de l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié, en vigueur jusqu'au 19 avril 2019.
8. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.
9. En l'espèce, il ressort de la liste des pays ayant des accords bilatéraux avec la France pour l'échange de permis de conduire, liste produite en défense et mise à jour le 31 mars 2020, que la Guinée n'a pas d'accord de réciprocité pour l'échange de permis guinéen contre un permis de conduire français.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux du 14 septembre 2022 et de la demande de motifs du 28 novembre 2022 concernant la décision de refus d'échange de son permis de conduire guinéen contre un permis de conduire français, sont rejetées.
Sur les autres conclusions :
11. Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation de la décision attaquée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D C, à Me Blanc et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La magistrate désignée,
D. BLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026