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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301199

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301199

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 3
Avocat requérantROURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 février 2023 et le 3 mars 2023, M. B, représenté par Me Roure demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est dépourvue de base légale ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public;

- est dépourvue de base légale dès lors que la décision est fondé sur une disposition contraire à la directive 2008/115 ;

La décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme C a présenté son rapport et constaté l'absence des parties.

1. M. B, ressortissant kosovare, né en 1992, soutient être entré en France le 6 novembre 2020. Sa demande au titre de l'asile a été rejetée une première fois par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 14 avril 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 août 2021. Il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour d'un an le 27 juillet 2021. Assigné à résidence le 30 septembre 2021, il ne s'est pas conformé à l'obligation de pointage. Le réexamen de sa demande d'asile a été rejeté par l'OFPRA le 31 janvier 2022 puis par la CNDA le 7 juin 2022. M. B a été interpellé à la suite d'un contrôle d'identité le 25 février 2023, alors qu'il était porteur d'une arme blanche. Le même jour, le préfet la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, M. B n'a pas demandé à être autorisé au séjour au titre de l'admission exceptionnelle sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il se prévaut. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison d'une rejet de ce " refus de titre ".

3. En second lieu, M. B soutient être présent en France depuis le 6 novembre 2020, soit depuis environ vingt-sept mois à la date de l'arrêté attaqué. S'il fait valoir qu'il est actuellement embauché en contrat à durée déterminée en tant que cuisinier, ce seul élément n'est pas de nature à fixer le centre de ses intérêts en France alors qu'il ressort de l'arrêté attaqué que sa famille réside au Kosovo. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté d'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré du défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée est fondée sur les dispositions des 2° et 3° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B a été placé en garde à vue pour le port d'une arme de catégorie D, en l'occurrence un couteau à cran d'arrêt. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

7. Pour prendre la décision litigieuse, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur la circonstance que le requérant constitue une menace pour l'ordre public de sorte qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement. En effet, M. B a été placé en garde à vue pour port d'une arme, en l'espèce un couteau à cran d'arrêt, et poursuivi devant le tribunal judiciaire par deux convocations en vue d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité ou, à défaut, à l'audience. Ainsi et alors même que M. B indique sans précision contester les faits, le préfet qui produit le procès-verbal d'interpellation dispose de suffisamment d'éléments pour retenir en l'état la menace à l'ordre public. Au surplus, M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 27 juillet 2021 qu'il ne justifie pas avoir exécutée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être rejetée.

8. En quatrième lieu, M. B invoque la méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui-même issu de la transposition de la directive 2008/115/CE. Toutefois, ces dispositions ont été abrogées par l'article 1er de l'ordonnance du 16 décembre 2020 susvisée. Le moyen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Pour fonder la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur la circonstance que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de port d'arme et qu'il ne justifie pas d'attaches familiales en France. Ces considérations ne sont pas entachées d'erreur de fait quand bien même M. B indique qu'il n'a encore jamais été condamné et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. M. B ne fait état dans ses écritures d'aucun risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine et se borne à produire les diverses pièces composant son dossier de demande d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions en injonction seront rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'État sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Roure et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La magistrate désignée,

A. CLa greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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