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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301213

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301213

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 avril 2023 à 8 heures 50, ne s'y sont pas présentées.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Haute-Savoie a pris à l'encontre de M. A, ressortissant guinéen, l'arrêté attaqué du 27 février 2023.

3. En premier lieu, le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile interdit l'éloignement d'un étranger si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

4. Si M. A fournit plusieurs certificats médicaux démontrant qu'il souffre de multiples pathologies chroniques, il ne fournit aucun élément précis sur la gravité de ces affections, sur l'importance du suivi thérapeutique en France ou sur les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 septembre 2022 serait obsolète en ce qu'il estime que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquence d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie a pu édicter l'arrêté attaqué sans méconnaître les dispositions citées au point précédent.

5. En deuxième lieu, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A est fondée sur les articles L. 612-2 3° et L. 612-3 5° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent au préfet de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à l'intéressé lorsqu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, du fait de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement inexécutée et de l'absence de garantie de représentation suffisante. Si M. A conteste ne pas avoir fourni de garanties de représentation suffisante, il résulte des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement en France et qu'il ne possède aucune pièce d'identité guinéenne. De ce fait, M. A peut être regardé comme présentant un risque de se soustraire à l'obligation de quitter le territoire français édicté à son encontre. C'est donc à bon droit que le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

6. En troisième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet assortit une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. L'article L. 612-10 dispose que la durée de l'interdiction de retour tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

7. Si la décision attaquée reconnaît que M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public, elle indique qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 3 février 2022, qu'il n'a pas lié en France des liens familiaux ou personnels et qu'il est entré en France en 2018. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions mentionnées au point précédent.

8. En quatrième lieu, M. A est un ressortissant guinéen arrivé illégalement en France en 2018 selon ses déclarations, à l'âge de 38 ans. Il a vécu la majeure partie de sa vie en Guinée, où se trouve encore la quasi-totalité de sa famille. Dans ces conditions et eu égard à la durée et aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant à son encontre une obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. A est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301213

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