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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301214

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301214

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, Mme B A, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de renouveler son attestation de demandeuse d'asile et a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 avril 2023 à 8 heures 50, ne s'y sont pas présentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Savoie a pris à l'encontre de Mme A, ressortissante camerounaise, l'arrêté attaqué du 6 février 2023.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet en date du 23 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent le refus de renouvellement de l'attestation de demandeur d'asile du requérant et l'obligation de quitter le territoire français. Il est ainsi suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions par lesquelles l'administration refuse ou retire à un étranger le droit de demeurer sur le territoire français, l'oblige à quitter ce territoire et lui signifie son pays de destination sont, depuis l'entrée en vigueur de la loi du 24 juillet 2006 relative à l'intégration et à l'immigration, en principe, regroupées au sein d'un acte administratif unique. La décision fixant le pays de renvoi constitue, en vertu des dispositions de l'article L. 721-3 du code précité une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, qui fait d'ailleurs l'objet d'une motivation spécifique. La décision fixant le pays de renvoi est ainsi sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. L'adoption de la décision fixant le pays de renvoi conditionne, en revanche, la possibilité pour l'administration d'exécuter d'office l'obligation de quitter le territoire, dans les conditions prévues à l'article L. 722-7 du même code. Dès lors, la circonstance que l'administration n'édicte pas dans un même acte l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi de l'intéressé est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement, mais fait obstacle à ce qu'elle puisse être exécutée d'office.

5. En l'absence de fixation d'un pays de destination et donc de possibilité d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, Mme A ne peut utilement soutenir qu'un renvoi vers l'Italie ou le Cameroun lui ferait courir un risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, Mme A est entrée illégalement sur le territoire français le 28 mai 2020. Elle ne dispose d'aucun lien sur le territoire français excepté sa fille, âgée de cinq ans, qui a vocation à la suivre. La requérante ne démontre pas que la scolarisation de sa fille ou la consultation d'un orthophoniste seraient impossibles en Italie, pays où elle est légalement admissible. Dans ces conditions, l'arrêté n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Pierot et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301214

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