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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301217

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301217

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, Mme C, représentée par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour son fils M. E A ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir rétroactivement à compter de la date de refus initial le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée ne comporte pas les nom et prénom du signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le jeune E a été rattaché au dossier de sa mère alors qu'il a des craintes propres, différentes des siennes ; l'OFII n'a pas pris en compte la vulnérabilité du nourrisson ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision ne tient pas compte de la vulnérabilité de son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 24 novembre 2022 sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Huard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1990, est entrée sur le territoire selon ses déclarations le 10 janvier 2022. Elle a déposé le 20 janvier 2022 une demande d'asile et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 22 juin 2022, elle a donné naissance à l'enfant E A. Par une décision du 15 novembre 2022, la demande d'asile de Mme C a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Le 24 novembre 2022, l'intéressée sollicitait le réexamen de sa demande d'asile en procédure accélérée. Par une décision du 24 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour son enfant. Par courrier du 27 décembre 2022, elle a exercé un recours administratif préalable obligatoire, qui a été implicitement rejeté.

2. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. "

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme dirigées exclusivement à l'encontre de la décision implicite et la circonstance que la décision du 24 novembre 2022 ne comporte pas la mention du prénom et du nom du signataire est sans incidence. Au demeurant, elle comportait tant la signature que la qualité de " directrice territoriale " permettant d'identifier avec certitude l'auteur de la décision.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. " D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Toutefois, la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En l'espèce, il est constant que, par une décision du 15 novembre 2022, la demande d'asile de Mme C a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, soit postérieurement à la naissance de son enfant du 22 juin 2022. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que cette décision doit être réputée être prise également à l'égard de son enfant. Dans ces conditions, et quand bien même une attestation de demande d'asile en procédure normale au titre d'une première demande d'asile a été délivrée le 8 août 2022 pour M. E A, il résulte de ce qui a été dit que la demande d'asile enregistrée pour le compte de cet enfant doit nécessairement être regardée comme une demande de réexamen, laquelle n'ouvre pas un droit à l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, en estimant que la demande d'asile devait être regardée comme une demande de réexamen, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur de droit.

7. En troisième lieu, l'OFII pouvait refuser à la famille le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille d'un mineur. Il ressort de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité que Mme C accompagnée de son enfant était hébergée. Par suite et malgré le jeune âge de l'enfant, l'OFII en édictant la décision contestée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prohibant les traitements inhumains et dégradants. Pour les mêmes motifs, l'OFII n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle des intéressés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles de son conseil présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Miran tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Miran et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Céline Letellier, première conseillère,

- Mme Emilie Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

E. B

Le président,

M. F

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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