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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301229

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301229

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDABBAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. A C, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2022 730 1054 du 12 décembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et lui a fait obligation de se présenter aux services de police ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont distraction au profit de Me Dabbaoui sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- les illégalité dont sont entachées l'obligation de quitter le territoire prive de base légale l'arrêté attaqué ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 26 avril 1982, serait entré irrégulièrement en France, le 1er mars 2012, selon ses déclarations, accompagné de son épouse. Il a fait l'objet d'un arrêté de remise aux autorités polonaises, responsables de sa demande d'asile, le 5 juillet 2012. Par ailleurs, M. C a bénéficié de titres de séjour pour soins du 24 septembre 2014 au 4 janvier 2018. Il a demandé le renouvellement de son titre de séjour, le 9 janvier 2018. A la suite de l'avis défavorable émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 30 juin 2018, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 12 juillet 2019. Le recours exercé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble, le 28 novembre 2019, confirmé par une ordonnance du 27 avril 2020 du président de la cour administrative d'appel de Lyon. M. C a été assigné à résidence en 2019. La famille ne s'est pas présentée à l'aéroport de Lyon pour prendre un vol à destination de la Géorgie, le 14 janvier 2020. L'intéressé ne s'est également pas présenté auprès de la préfecture, le 15 décembre 2022, alors qu'il avait rendez-vous pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 12 décembre 2022, notifié le 3 février 2023, le préfet de la Savoie a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 3 mars 2023, notifié le même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Chambéry (Savoie) pour une durée de 45 jours renouvelable une fois. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Savoie n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments dont il entendait se prévaloir. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. En dépit notamment de la promesse d'embauche qu'il produit du 24 février 2023, postérieure à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français. En outre, il a été condamné le 9 avril 2015 par le tribunal correctionnel de Chambéry à trois mois d'emprisonnement pour vol (récidive de tentative), le 24 août 2015 par le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé par deux circonstances, le 26 janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Chambéry à deux mois d'emprisonnement pour vol (récidive), le 26 avril 2018 par le tribunal correctionnel de Chambéry à deux mois d'emprisonnement pour vol (récidive), le 28 juin 2018 par le tribunal correctionnel de Chambéry à deux mois d'emprisonnement pour vol (récidive), le 27 juillet 2018 par le tribunal correctionnel d'Annecy à deux mois d'emprisonnement pour vol (récidive), le 16 novembre 2018, par le tribunal correction de Chambéry à cinq mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant un an et 6 mois pour détention non autorisée de stupéfiants et le 16 mai 2019 par le tribunal correctionnel de Chambéry à quatre mois d'emprisonnement pour vol (récidive) et voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable. Par ailleurs, l'épouse du requérant, de nationalité géorgienne, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 12 décembre 2022. Le recours exercé à l'encontre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble, le 9 février 2023. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Géorgie où les enfants du couple, nés en 2016 et 2018, pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de la Savoie aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que les illégalités dont sont entachées l'obligation de quitter le territoire prive de base légale l'arrêté attaqué n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et professionnelle du requérant.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient en situation irrégulière en France depuis 2019, il a notamment fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et il ne justifie d'aucune intégration particulière alors qu'il a été condamné, de manière répétée, à des peines d'emprisonnement. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'interdiction serait manifestement disproportionnée ni que le préfet de la Savoie aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an et un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ni davantage que l'autorité administrative aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à supposer que l'intéressé ait entendu soulever un tel moyen.

En ce qui concerne l'obligation de se présenter aux services de police :

12. M. C ne présente aucun moyen pour contester l'obligation de se présenter aux services de police qui lui a été faite sur le fondement de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Savoie du 12 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Dabbaoui et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

La magistrate désignée,

N. B

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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