mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2023, M. A C représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer toute mention le concernant du fichier Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête a été formée dans le délai de recours contentieux ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen réel de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est pas distincte de la décision portant obligation de quitter le français ;
- elle méconnait l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la circonstance particulière relative à l'état de santé de son épouse ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- et les observations de Me Huard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien né en 1971, soutient être entré en France le 13 août 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 février 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 septembre 2021. Le 12 février 2022, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement à l'égard de laquelle son recours a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 16 mai 2022. Interpellé le 28 février 2023, le préfet de l'Isère a pris à son encontre le 1er mars 2023 un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté, tout comme celui tiré du défaut d'examen réel de la situation du requérant.
4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
5. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 1er mars 2023, M. C a été mis à même de faire valoir ses observations sur sa situation administrative et sur une éventuelle décision d'éloignement prise à son encontre. Contrairement à ce qu'il soutient, il ressort des mentions du procès-verbal d'audition qu'il a été entendu par l'intermédiaire d'un interprète en langue arménienne. Par suite, il n'a pas été empêché de présenter des observations utiles. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019, que son épouse de même nationalité se trouve dans la même situation administrative que lui et que leurs trois enfants sont demeurés en Arménie. Le requérant ne justifie pas avoir noué en France des liens personnels d'une particulière intensité. S'il se prévaut de l'état de santé de son épouse, le préfet de l'Isère a refusé, par un arrêté du 12 février 2022, de délivrer à l'intéressée un titre de séjour en qualité d'étranger malade et le recours qu'elle a formé contre ce refus a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 2 août 2022. Les pièces médicales produites par le requérant, en partie postérieures à ce jugement, ne permettent pas d'établir qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'état de santé de son épouse imposait son maintien sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
10. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser à M. C un délai de départ volontaire. Cette décision est dès lors régulièrement motivée. Par ailleurs, si elle est juridiquement distincte de la décision d'éloignement, elle n'a pas pour autant à être matérialisée de manière séparée. Par suite, les dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.
11. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur de droit au regard de l'état de santé de son épouse, le requérant ne conteste pas qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, alors, notamment, qu'il n'a pas mis à exécution la précédente décision d'éloignement du 12 février 2022. En outre, comme il a été dit, il n'est pas établi que l'état de santé de son épouse fasse obstacle à son éloignement immédiat du territoire français. Dès lors, le préfet de l'Isère a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
12. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent la même argumentation que celle développée à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose l'interdiction faite à M. C de revenir sur le territoire français durant deux ans. Cette décision est dès lors régulièrement motivée.
14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire.
15. En dernier lieu, et eu égard également aux motifs énoncés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 1er mars 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026