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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301323

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301323

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 7
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête enregistrée le 2 mars 2023, sous le n° 2301323, Mme B F, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas instruit correctement sa demande d'admission au séjour ;

- la décision contestée n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de ses craintes en cas de retour en Arménie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission au séjour dès lors qu'elle a droit à un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

II / Par une requête enregistrée le 2 mars 2023, sous le n°2301324, Mme A G, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas instruit correctement sa demande d'admission au séjour ;

- la décision contestée n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de ses craintes en cas de retour en Arménie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission au séjour dès lors qu'il a droit à un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2301323 et 2301324 ont été présentées par un couple d'étrangers, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. Mme F et M. G, ressortissants arméniens nés en 2000 et 1993, sont entrés sur le territoire français le 15 avril 2022. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile leur a été refusé par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 octobre 2022. Par deux arrêtés du 10 février 2023, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office. Mme F et M. G demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). " Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme F et M. G, il y a lieu de prononcer leur admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme C D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes en cause manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés, sont suffisamment motivés. Il ressort des termes de ces arrêtés que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de Mme F et M. G. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel de la situation des requérants doivent par suite être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

8. Lorsqu'un étranger présente une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, il est informé par l'autorité administrative, en application des dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité qui lui est ouverte de solliciter son admission au séjour à un autre titre et des conséquences de l'absence de demande sur un autre fondement, au nombre desquelles figure, en application de l'article L. 611-1 du même code, l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Il suit de là qu'en sollicitant leur admission au titre de l'asile, les requérants, qui ne soutiennent pas que le préfet aurait manqué à son obligation d'information, ne pouvaient ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui tendait à leur maintien en France, qu'en cas de refus ils pouvaient faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ils ont eu tout loisir, au cours de l'instruction de leur demande d'asile, de faire valoir auprès du préfet de l'Isère les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. En outre, il ressort des pièces du dossier que les requérants n'ont pas sollicité la délivrance d'une carte de séjour avant l'expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les requérants ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient pu avoir une incidence sur le sens des décisions attaquées. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

9. En quatrième lieu, les arrêtés attaqués n'ont pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour aux requérants et il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient sollicités leur admission au séjour auprès des services de la préfecture de l'Isère. Dès lors, les moyens dirigés contre les prétendues décisions de refus d'admission au séjour, qui n'existent pas, sont inopérants.

10. En dernier lieu, les requérants, ressortissants d'un pays d'origine sûr dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne sont pas fondés à se prévaloir d'un droit au maintien sur le territoire français durant l'instruction de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le préfet de l'Isère a pu, sans commettre ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, obliger les requérants à quitter le territoire français sans attendre les décisions de la Cour nationale du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes aux fins d'annulation des arrêtés du 10 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F et M. G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme F et M. G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à M. A G, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le magistrat désigné,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2301324

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