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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301373

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301373

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2023, M. D A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui donne obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- viole le respect du contradictoire et du droit de formuler des observations avant la décision d'éloignement ;

- méconnaît les articles 41 et 51§11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de justice administrative ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Huard représentant M. A qui soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été différée au 6 avril 2023 à 16 h 30.

M. A a produit une pièce enregistrée le 6 avril 2023 à 09 h 07 et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, est entré en France selon ses dires le 2 février 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 27 septembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 16 décembre 2022. Par un arrêté en date du 10 février 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Il ressort de ses termes que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de l'intéressé telle qu'elle avait été portée à sa connaissance avant de prendre la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encore () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

5. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. En l'espèce, M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu dès lors qu'elle a été prise sans que le préfet de l'Isère l'invite préalablement à présenter des observations. Cependant, il a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par la suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

7. En l'espèce, le requérant a vécu la majeure partie de sa vie en Albanie, son entrée en France est récente et il ne justifie pas d'une intégration particulière. S'il fait valoir que l'obligation de quitter le territoire le priverait de la possibilité de maintenir des liens avec son fils C, né le 9 avril 2018, il ressort des pièces du dossier que la protection subsidiaire a été accordée à l'épouse du requérant, dont il est maintenant séparé, à cause de violences intrafamiliales auxquelles il n'est pas étranger et il n'est pas établi qu'il contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce et eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes raisons, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 10 février 2023 doivent être écartées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonctions ainsi que celles aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Huard, et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le président, La greffière,

J. P. B L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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