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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301426

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301426

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, Mme E B, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision de la commission de médiation de l'Isère du 19 janvier 2023 refusant de reconnaître sa demande d'hébergement comme prioritaire ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de considérer sa demande d'hébergement comme étant prioritaire et urgente sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer son recours dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'audience à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui attribuer un hébergement dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

' la condition d'urgence est remplie car elle et ses enfants ne disposent d'aucune solution de logement actuellement alors que C, son fils âgé de 5 ans, souffre d'une situation de santé difficile nécessitant une prise en charge médicale pluridisciplinaire en raison d'un trouble du neuro-développement et de malaises dont l'origine n'est pas établie ;

' il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse car elle est insuffisamment motivée, elle méconnaît les articles L. 441-2-3 I°, L. 441-2-3 III° et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ; la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que Mme B ne fait état, en l'état de l'instruction, d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de la commission de médiation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 mars 2023 sous le n° 2301425 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

' le code de la construction et de l'habitation ;

' la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

' le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Miran, substituant Me Huard, avocate de Mme B et de Mme D, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité ivoirienne, est entrée en France avec ses deux enfants âgés de 5 et 12 ans à la date déclarée du 13 juillet 2019 pour y demander l'asile. Après que sa demande ait été rejetée en fin d'année 2021, elle a obtenu une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 22 juillet 2023. Mme B a été obligée de quitter l'hébergement qu'elle occupait durant la procédure de demande d'asile. Elle est depuis sans domicile fixe avec ses deux enfants et régulièrement obligée de contacter le 115 afin d'obtenir une place au sein d'un hébergement d'urgence. Elle a saisi le 4 juillet 2022 la commission de médiation du département de l'Isère d'un recours tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente. Par une décision du 19 janvier 2023, la commission de médiation a considéré son recours irrecevable au motif que ses garanties d'insertion étaient insuffisantes. Mme B demande la suspension de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III.- La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ".

5. En premier lieu, pour justifier de l'urgence de la situation, Mme B soutient qu'elle se retrouve sans domicile fixe avec ses deux enfants, dont son plus jeune fils, C, qui serait atteint de trouble du développement et de malaise dont l'origine n'est pas établie. Toutefois, le certificat médical produit par la requérante dans les pièces du dossier est ancien, rédigé en termes généraux et la requérante n'apporte aucun justificatif des traitements que pourrait suivre son fils. Aucune autre pièce produite au dossier ne permet de justifier de l'urgence de la situation de Mme B et de ses enfants. Par suite, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est donc pas remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la requête doit être rejetée pour défaut d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. La présente ordonnance ne fait pas obstacle à ce que Mme B saisisse à nouveau la commission de médiation du département de l'Isère d'un recours tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le président,

J. P. ALa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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