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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301472

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301472

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantBORIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 mars et le 11 avril 2023, Mme F D, représentée par Me Borie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2023 par laquelle le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé de sa situation ;

- est entachée d'erreur de droit et de méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée,

- méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

L'interdiction de retour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête de Mme D.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits fondamentaux et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Bories, avocat de Mme D, et de Mme D, assistée de Mme C, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, de nationalité albanaise, déclare être entrée en France le 10 juin 2017. Sa demande de réexamen en vue d'une protection au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 août 2022, selon la procédure accélérée, décision au demeurant confirmée le 6 mars 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 17 février 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. Par un jugement du 10 octobre 2022, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination au motif que la requérante disposait toujours à cette date du droit de se maintenir sur le territoire français et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Isère, qui s'est borné à exécuter l'injonction de réexamen prononcée par le juge après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour, aurait entendu refuser à Mme D un titre de séjour. Par suite, les moyens dirigés contre un prétendu refus de titre doivent être regardés comme dirigés contre la nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de la requérante une interdiction de retour d'une durée d'un an

En ce qui concerne le moyen commun :

4. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de Mme D avant de prendre la décision attaquée ou se serait cru en situation de compétence liée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le refus de la demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été pris dans le cadre d'une procédure accélérée sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 531-24 du code, l'Albanie faisant partie de la liste des pays d'origine sûrs. Par suite, Mme D entre dans le cas prévu par les dispositions précitées du 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut faire obligation à un étranger de quitter le territoire français.

7. Mme D fait valoir qu'elle réside en France depuis juin 2017, qu'elle est bien intégrée et que ses deux enfants, E et A sont solarisés. Toutefois, sa présence en France est récente, elle ne justifie pas d'une intégration particulière même si elle suit des cours de français et a des activités associatives, elle ne justifie pas plus suivre un traitement médical qui ne serait pas disponible en Albanie alors que, entrée en France à l'âge de 27 ans, elle n'y a aucune famille à l'exception de ses enfants et n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside encore notamment le père de ses enfants. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont dès lors pas été méconnues.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation.

9. Enfin, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants. Elle ne justifie pas de l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale hors de France et notamment en Albanie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, elle n'établit pas que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant auraient été méconnues.

En ce qui concerne la décision fixant l'Albanie comme pays de destination :

10. Si Mme D fait valoir qu'elle a du fuir des persécutions subies dans son pays d'origine, elle n'établit pas qu'elle serait exposée à des risques personnels et actuels en cas de retour dans son pays, alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, la décision fixant l'Albanie comme pays de destination ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose l'interdiction faite à Mme D de revenir sur le territoire français durant un an. Cette décision est dès lors régulièrement motivée.

13. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'interdiction de retour en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant un délai de départ volontaire.

14. En dernier lieu, et eu égard également aux motifs énoncés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du caractère disproportionné de la mesure et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à Me Bories et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le président

J.P. B

Le greffier

Ph. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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