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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301487

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301487

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, M. B C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 28 février 2023, par lequel le préfet de la Drôme refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année, et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

-elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français et l'arrêté l'assignat à résidence :

- elle doivent être annulée par voie de conséquence ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il justifie d'une résidence de 18 ans en France dont six en situation régulière.

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 mars 2023 à 14h, le magistrat désigné a présenté son rapport, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1.M. B C, ressortissant turc né le 15 janvier 1968, déclare être entré en France le 23 juin 2004. Le 23 septembre 2004, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 28 novembre 2006, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 septembre 2006, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 19 novembre 2014, il s'est vu délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, renouvelé jusqu'au 8 octobre 2018. Par un arrêté du 9 janvier 2020, le préfet de la Drôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours qu'il a formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 30 juin 2020. S'étant abstenu d'exécuter cet arrêté, il a présenté le 1er août 2022 une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le premier arrêté attaqué du 28 février 2023, le préfet de la Drôme lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, d'une décision fixant le pays de renvoi et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par le second arrêté attaqué du même jour, il a également assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3.En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

4.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5.En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne vit pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

6.Pour considérer que la situation de M. C ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Drôme a tenu compte de ses dix-huit années de présence sur le territoire français et de son intégration professionnelle durant un peu plus de cinq ans lorsqu'il était en situation régulière, mais a considéré que ces circonstances ne sauraient, à elles seules, justifier son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'il s'est maintenu sur le territoire français malgré deux mesures d'éloignement, que son intégration professionnelle ne présentait pas de caractère stable et durable, qu'il n'a pas acquis une maitrise au moins élémentaire de la langue française, et qu'il a été condamné à deux mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal de grande instance de Carcassonne en 2018.

7.Si M. C fait valoir qu'il a exercé des emplois de plaquiste au sein de plusieurs entreprises entre avril 2015 et mars 2020, et qu'il dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée pour exercer le même emploi au sein de la société Ceton, ces éléments ne sont pas à eux seuls suffisants, au regard de la nature de son expérience, de ses qualifications professionnelles et des caractéristiques des emplois concernés, pour le faire regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel de nature à justifier son admission au séjour. S'il fait également valoir qu'il réside depuis dix-huit ans en France, qu'il y dispose d'un logement, et que son frère et sa sœur disposent d'une carte de résident, il ne conteste pas ne pas maitriser la langue française. Dans ces conditions, en admettant même que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, le préfet de la Drôme n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. C ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9.Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui est entré en France à l'âge de 38 ans, n'est pas dépourvu de tous liens personnels dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence, quand bien même ses parents seraient décédés. De plus, il a notamment déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2020 qu'il s'est abstenu d'exécuter. Ainsi, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, eu égard aux conditions de son séjour en France et nonobstant sa longue durée de présence, le préfet de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu des buts de sa mesure. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10.Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de l'arrêté l'assignant à résidence :

11.Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et l'arrêté l'assignant à résidence.

En ce qui concerne la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et de celle portant interdiction de retour sur le territoire français :

12.Aux termes de l'article L. 612-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

13.Aux termes de l'article L. 612-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

14.En se bornant à procéder à un rappel tronqué de la motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet, et à se prévaloir de ses dix-huit années de présence en France, M. C ne conteste pas utilement les décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français.

15.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête susvisée de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet de la Drôme, ainsi qu'à Me Gay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le magistrat désigné,

N. VILLARD

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301487

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