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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301494

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301494

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement et après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre de séjour méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive la décision portant obligation de quitter le territoire français de base légale ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les observations de Me Huard, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née en mars 1985, est entrée régulièrement en France en septembre 2018 accompagnée de ses deux enfants mineurs. Elle a sollicité, en août 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en qualité de salariée ou sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus que le préfet de l'Isère lui a opposé par arrêté du 10 février 2023 portant également mesures d'éloignement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d'accorder provisoirement à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction :

3. Le refus de titre de séjour en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration quand bien même il ne fait pas état de tous les éléments dont la requérante entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. A la date du refus de titre de séjour contesté, Mme A résidait en France, où elle s'est maintenue irrégulièrement jusqu'en 2022, depuis un peu plus de quatre ans alors qu'elle a vécu dans son pays d'origine, où elle a nécessairement conservé des attaches personnelles et a exercé une activité professionnelle, jusqu'à l'âge de 33 ans. Sur un plan familial, elle ne dispose d'aucune attache en France hormis ses deux enfants mineurs qui peuvent l'accompagner en Algérie alors que ses parents y résident. Dans ces conditions, les relations sociales qu'elle justifie avoir établies sur le territoire national et ses perspectives d'intégration professionnelles, quoique réelles, sont trop ténues pour caractériser une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance, par ce refus, des stipulations citées au point précédent doit donc être écarté.

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, Mme A ne peut utilement en invoquer la méconnaissance par le refus de titre de séjour contesté.

7. Pour les motifs exposés au point 5, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par le refus de titre en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant ce refus doivent être écartés.

8. Dans la mesure où l'intérêt supérieur des deux enfants mineurs de la requérante commande qu'ils demeurent à ses côtés et en l'absence de preuve de l'impossibilité, pour les intéressés, de poursuivre leur scolarité en Algérie, le moyen tiré de la méconnaissance, par le refus de titre en litige, de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.

9. Pour les motifs exposés aux points 3 à 8, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Pour les motifs exposés aux points 5 et 8, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par la décision faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention de New-York et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette obligation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.

12. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, des conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er r : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2er : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301494

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