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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301569

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301569

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme D, de nationalité bangladaise, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 16 février 2023 lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'OFII avait bien procédé à un examen de vulnérabilité. Il a estimé que le non-respect par la famille des exigences des autorités chargées de l'asile, en ne se présentant pas pour son transfert vers la Suède, justifiait le retrait sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute d'éléments établissant un risque de traitements inhumains ou dégradants en Suède.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, Mme B D, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter du 16 février 2023, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à venir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 16 février 2023 est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

La requête a été régulièrement communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 8 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 10 février 2025 à 12h00.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, de nationalité bengladaise, est entrée en France en juin 2022 accompagnée de son mari Islam Md Saiful et de leurs deux enfants A né en 2014 et Ahnaf né en 2019. Elle a accepté le 7 juin le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il est constant que la famille ne s'est pas présentée aux autorités en vue de leur transfert vers la Suède. Elle a été déclarée en fuite le 22 décembre 2022. Par la décision attaquée du 16 février 2023, le directeur territorial de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. (). ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. "

3. La décision du 16 février 2023 contient la mention des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a bien procédé à un examen de vulnérabilité de la famille avant de prendre la décision attaquée.

4. Mme D fait valoir qu'elle est diabétique et mère de deux jeunes enfants. Toutefois, elle se borne à produire des résultats d'analyse sans aucun commentaire et elle ne soutient ni même n'allègue qu'elle n'aurait pu bénéficier de soins adaptés en Suède pendant l'examen de sa demande d'asile. De même, elle n'établit pas que la scolarité de ses enfants, au demeurant très récente, ne pouvait se poursuivre en Suède. Par suite, la décision du 16 février 2023 ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation. Pour les mêmes raisons, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que les moyens invoqués par Mme D doivent être écartés et sa requête, rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

Le président rapporteur,

J.P. Wyss

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. Permingeat

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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