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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301635

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301635

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantSEGHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, M. A D, représenté par Me Seghier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut de réexaminer sa situation selon les dispositions prévues aux articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

'l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

' l'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco algérien ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

' la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

'l'interdiction de retour sur le territoire français

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 30 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 avril 2023 à 14 heures 30 au cours de laquelle le magistrat désigné a présenté son rapport et entendu les observations de Me Seghier et de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de l'Isère a pris à l'encontre de M. D, ressortissant algérien, l'arrêté attaqué du 14 mars 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence de la signataire de l'arrêté :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 26 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle et familiale de M. D justifiant une mesure d'éloignement. Il est suffisamment motivé au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, M. D, qui déclare être entré irrégulièrement en France en mars 2021, à l'âge de 28 ans, s'y est maintenu depuis lors, sans chercher à régulariser sa situation. Il ressort des procès-verbaux d'auditions que son arrivé en France est guidé par des motifs économique. Il s'est fiancé il y a seulement quatre mois avec Mme E, ressortissante française, et s'il prétend avoir des frères vivant régulièrement en France, il n'en apporte pas la preuve. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale qui lui est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage méconnu l'article 6 5°) de l'accord franco-algérien. Enfin, dans ces mêmes conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

6. En troisième lieu les éléments versés au dossier sont insuffisants pour justifier que M. D a des liens d'une intensité particulière avec le fils de sa fiancée, qu'il ne connaît que depuis un an. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme E, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant la destination d'éloignement forcé :

7. Au vu de ce qui précède, M. D n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

9. En second lieu, cette décision est justifiée par la faible durée de présence en France de M. D et de la menace à l'ordre public qu'il représente du fait de son interpellation pour des faits susceptibles de caractériser un vol en réunion que M. D ne conteste pas. Dès lors et sans qu'y fasse obstacle sa relation récente avec une ressortissante française, l'interdiction de retour sur le territoire français apparaît justifiée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code précité en fixant sa durée à un an.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. D est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Seghier et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301635

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