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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301644

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301644

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mas 2023 et le 13 novembre 2023, M. C B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 7 février 2013 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, et les décisions de retrait de points consécutives aux cinq infractions commises entre le 7 mars 2018 et le 9 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- qu'il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour les infractions commises les 7 mars 2018, 8 février 2020 et 30 janvier 2020 ;

- que l'infraction du 6 mars 2022 a fait l'objet d'une composition pénale exécutée le 6 septembre 2022 ; c'est au moment de l'exécution qu'il aurait du être informé en application de l'article L.223-3 du code de la route (CE n°456236 31 mai 2022) ; l'arrêt du CE du 9 juin 2011, invoqué en défense n'est pas applicable à une composition pénale.

- que pour l'infraction du 9 mai 2022, rien ne permet d'affirmer que la condamnation pénale est définitive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision référencée 48SI du 7 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux cinq infractions commises entre le 7 mars 2018 et le 9 mai 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, que le retrait d'un point suite à l'infraction commise le 8 février 2020 a été restitué le 7 avril 2021 soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Concernant les décisions de retrait de points pour les infractions des 3 mars 2018 et 30 janvier 2020 :

En ce qui concerne la réalité des infractions :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

4. Le relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire, a été produit à l'instance. Eu égard aux mentions de ce document et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, soit le requérant s'est acquitté de l'amende forfaitaire pour l'infraction commise le 3 mars 2018 soit un titre exécutoire a été émis pour l'amende forfaitaire majorée concernant l'infraction commise le 30 janvier 2020. Il suit de là que la réalité de ces deux infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, le requérant ne présentant pas de décision d'exonération au titre de cette amende.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

6. L'infraction du 7 mars 2018 a été relevée par procès-verbal électronique. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. En l'espèce, il ressort du relevé intégral d'information que l'infraction du 7 mars 2018 a fait l'objet du paiement de l'amende forfaitaire correspondante. Le contrevenant n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Le requérant n'établit ni même n'allègue s'être vu remettre des avis inexacts ou incomplets.

7. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, que l'infraction commise le 30 janvier 2020 a été relevée par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé " et qu'elle a fait l'objet d'une amende forfaitaire majorée. Les pièces produites en défense établissent que M. B a contesté cette amende mais que celle-ci a fait l'objet d'un encaissement le 21 janvier 2021. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là que l'administration apporte la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant.

8. Dans ces conditions M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite des infractions des 3 mars 2018 (-2 points) et 30 janvier 2020 (- 3 points) l'auraient été au terme de procédures irrégulières.

Concernant la décision de retrait de six points pour l'infraction commise le 9 mai 2022 :

9. Il ressort du relevé d'information intégral, daté du 20 octobre 2023, que le requérant a fait l'objet d'une décision prise le 22 septembre 2022 par le Tribunal de Grande Instance de Valence suite à l'infraction commise le 9 mai 2022, pour cause de " conduite malgré suspension adm ou jud du permis de conduire ", devenue définitive le 25 novembre 2022. Le requérant fait valoir que rien ne permet de caractériser le caractère définitif de cette décision. Toutefois, l'administration produit l'extrait des minutes du greffe indiquant, pour l'infraction du 9 mai 2022 imputée à M. B, " Par ordonnance pénale délictuelle rendue par le Tribunal judiciaire de Valence le 22 septembre 2022 et définitive le 25 novembre 2022 ". Ainsi le juge pénal a statué sur tous les éléments de fait et de droit concernant cette infraction et M. B a ainsi pu la contester. En conséquence, l'éventuel défaut d'information préalable au retrait de points en cause, est sans influence sur la légalité de cette décision.

Concernant la décision de retrait de huit points pour les infractions commises le 6 mars 2022 :

10. Il ressort du relevé d'information intégral, daté du 20 octobre 2023, que le requérant a fait l'objet d'une suspension de permis de conduire de six mois suite à la commission de deux infractions le 6 mars 2022 : " conduite sous l'empire d'un état alcoolique ) 0,40 MG/L air " et " excès de vitesse d'au moins 30 km/H et inférieur à 40 km/H ". Le relevé comporte en outre la mention " 7C Exécution d'une composition pénale (ECP) le 06/09/2022 Tribunal de Grande Instance de Valence Durée 6 mois ". Le requérant fait valoir que l'infraction du 6 mars 2022 a fait l'objet d'une composition pénale exécutée le 6 septembre 2022 et que c'est au moment de l'exécution qu'il aurait du bénéficier de l'information préalable en application de l'article L.223-3 du code de la route.

11. Selon l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. "

12. Il résulte de ces dispositions que la réalité des infractions commises peut-être regardée comme établie par l'exécution de la composition pénale dès lors que le contrevenant a reconnu les faits pour pouvoir bénéficier de cette composition pénale qui éteint l'action publique. Toutefois, l'existence de cette composition pénale ne dispense pas l'administration de procéder à l'information préalable du contrevenant en application des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route. En défense, l'administration se borne à affirmer qu'en présence d'une " condamnation pénale définitive ", l'éventuel défaut de délivrance de l'information préalable est sans influence sur la légalité de la procédure de retrait de points. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant aurait été destinataire d'un document portant les informations requises par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route ni lors de la suspension provisoire de son permis de conduire le 9 mars 2022 ni lors de l'exécution de la composition pénale. Par suite, M. B est fondé à soutenir, en l'état du dossier, que la décision de retrait de huit points de son permis de conduire a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI datée du 7 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul doivent être accueillies, ainsi que les conclusions à fin l'annulation de la décision de retrait de huit points pour les infractions commises le 6 mars 2022. En revanche, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 7 mars 2018, 30 janvier 2020 et 9 mai 2022 pour un total de onze points, sont rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique nécessairement, la restitution au capital de points affectés au permis de conduire de M. B des huit points retirés à la suite des infractions citées au point 10. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer qu'il rétablisse ces points dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait d'un point suite à l'infraction du 8 février 2020 sont irrecevables.

Article 2 : La décision référencée 48SI du 7 février 2023 et la décision de retrait de huit points suite à l'infraction commise le 6 mars 2022 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer qu'il rétablisse ces points au permis de conduire de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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