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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301672

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301672

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 mars 2023, 27 juin 2023, 28 septembre 2023, 20 mars 2024 et 30 avril 2024 (ce dernier non communiqué), M. D E, Mme A E, Mme F H, Mme G C et M. B C, représentés par Me Bastid, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Cluses a accordé à la société SAGEC Rhône-Alpes un permis de construire ayant pour objet la construction de deux immeubles de trente-quatre logements d'une surface de plancher créée de 2 551,20 m2, sur un terrain cadastré section OA n° 5849 et 5048 au lieu-dit La Feuillère, ensemble la décision de rejet implicite de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler le permis de construire modificatif délivré le 18 décembre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cluses et de la société SAGEC Rhône-Alpes chacune une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le projet méconnaît l'article R. 453-53 du code de l'urbanisme ;

- il ne respecte pas la destination de la zone UC du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet de construction méconnaît les dispositions de l'article UC 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'accès et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC 2.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est méconnu ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux espaces libres de pleine terre.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2023, la commune de Cluses, représentée par Me Petit conclut au rejet de la requête ou à titre subsidiaire à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 mai 2023, le 11 octobre 2023, le 22 février 2024 et le 10 avril 2024, la SAS SAGEC Rhône-Alpes, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme I ;

- les observations de Me Bastid représentant les requérants, de Me Borg représentant la commune de Cluses et, de Me Buffet représentant la SAS SAGEC Rhône-Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS SAGEC Rhône-Alpes a déposé un permis de construire pour la construction de deux bâtiments regroupant trente-quatre logements d'une surface de plancher créée de 2 551,20 m2, sur un terrain cadastré section OA n° 5849 et 5048 au lieu-dit La Feuillère sur le territoire de la commune de Cluses. Par un arrêté du 26 septembre 2022, le maire de Cluses a délivré le permis de construire sollicité. Par un recours gracieux du 30 novembre 2022, les époux E et les autres requérants en ont sollicité le retrait. Ce recours gracieux a été implicitement rejeté. Un permis de construire modificatif a été délivré le 18 décembre 2023. Les requérants demandent l'annulation du permis de construire du 26 septembre 2022 et de la décision de rejet de leur recours gracieux ainsi que du permis de construire modificatif du 18 décembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de permis de construire :

2. Aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie ".

3. En l'espèce, le projet litigieux prévoit la création d'un accès automobile avenue du grand massif. Le département de la Haute-Savoie, gestionnaire de cette voie a été consulté par le maire de Cluses et a émis un avis le 25 août 2022 au terme duquel il est indiqué que les conditions de visibilité au droit du futur accès seront satisfaisantes au vu du projet de carrefour giratoire envisagé. La circonstance que ce carrefour giratoire ne soit pas déjà réalisé est sans incidence sur cette appréciation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme doit être écarté quel que soit le sens de cet avis.

En ce qui concerne la vocation de la zone UC :

4. La zone UC, dans laquelle se situe le terrain d'assiette du projet ayant fait l'objet du permis de construire litigieux, correspond aux secteurs à dominante pavillonnaire. Le préambule du règlement de la zone se borne à une appréciation générale et très sommaire de la destination de la zone urbaine telle que précisée ensuite par les articles, lesquels n'y interdisent pas, au demeurant, les logements collectifs, n'est pas opposable aux autorisations d'urbanisme. Les dispositions du règlement applicable à la zone UC prévoient d'ailleurs que dans tout programme collectif à partir de vingt logements construits 25% maximum du nombre de logements doivent être affectées à des logements tels que décrits à l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation. Ainsi, le projet qui porte sur deux immeubles comportant un total de trente-quatre logements n'est pas contraire à la destination prévue par le règlement de la zone UC même si ce projet a des dimensions plus importantes que les maisons individuelles qui jouxtent le terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de la vocation de la zone doit être écarté.

En ce qui concerne la sécurité de l'accès :

5. L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article UC 3 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme : " Accès : / L'accès des constructions doit être assuré par une voie, publique ou privée, et aménagé de façon à ne pas présenter de risques pour la sécurité des biens et des usagers des voies ou pour celle des personnes utilisant ces accès.() ".

6. La notice du projet mentionne que l'unique accès au projet s'effectue depuis l'avenue du Grand Massif, via le rond-point nouvellement mis en place et le plan de masse matérialise le rond-point prévu sur la voie RD 902B. Si les requérants font valoir que ni le principe ni les modalités de cet aménagement public n'ont été décidés, un permis de construire modificatif a été délivré le 18 décembre 2023 dont la notice indique que les travaux seront achevés après l'achèvement des travaux du carrefour giratoire et qu'une déclaration préalable déposée pour la création de son assiette, a été accordée le 27 novembre 2023. En outre, la commune établit avoir lancé la consultation des entreprises et a voté au budget général la réalisation de cet équipement. La circonstance que les travaux objet du permis de construire litigieux débuteront avant la fin de sa réalisation est sans incidence sur la légalité dudit permis de construire. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 3, le gestionnaire de la voie a relevé que les conditions de visibilité du futur accès seront satisfaisantes compte tenu du projet de carrefour giratoire. Dès lors, au regard du caractère certain de cet aménagement, le moyen doit être écarté alors même que le permis de construire modificatif ne vise pas la déclaration préalable du 27 novembre 2023.

En ce qui concerne l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres :

7. L'article UC 2.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme prévoit que " si les constructions ne sont pas contiguës, il est imposé une distance au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre tout point du bâtiment et les constructions les plus proches sans que la différence ne puisse être inférieure à 5 mètres ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme précise que les règles d'implantation s'appliquent en tout point de la construction. Toutefois, en cas d'implantation en retrait, les encorbellements, saillies de toiture et balcons ne sont pas pris en compte dans la limite de 0,80 mètres de débordement.

8. Il résulte de ces dispositions que la distance entre deux constructions situées sur une même propriété devant être respectée, l'une par rapport à l'autre, doit être calculée, non en se bornant à constater la hauteur totale d'une construction en son point le plus élevé comme le font les requérants, mais de manière glissante.

9. D'une part, les deux bâtiments pour lesquels le maire de Cluses a délivré les permis de construire contestés doivent être, nonobstant la toiture végétalisée qui les relient couvrant des places de stationnement, regardés comme des constructions non contiguës, ce qui implique le respect de la règle de distance prévue à l'article UC 2.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. D'autre part, la notice du dossier de permis de construire modificatif indique que les édifices ont entre eux une distance égale à leur hauteur divisée par deux, avec une distance minimale de 5 mètres. Le plan de coupe entre les bâtiments A et B (PC3) de ce même dossier matérialise par deux traits en pointillés la règle h/2 et mentionne que la distance minimum au point le plus défavorable entre ces deux bâtiments est de 5 mètres. Ainsi, le projet respecte les dispositions de l'article UC 2.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne l'implantation par rapport à la voie publique :

11. L'article 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme impose en zone Ucb une distance de 3 mètres par rapport à l'alignement. Les dispositions générales du plan local d'urbanisme indique notamment que les saillies de toitures et balcons ne sont pas pris en compte dans la limite de 0,80 mètre de débordement.

12. En l'espèce, si l'angle du bâtiment A ne respectait pas initialement la distance de 3 mètres avec le domaine public, il ressort du plan de masse du dossier de permis de construire modificatif qui matérialise la distance de 3 mètres par rapport à la voie publique par une ligne en pointillé bleue que l'angle du bâtiment A est dorénavant à une distance supérieure à 3 mètres. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'espace libre de pleine terre :

13. L'article UC 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme approuvé le 27 septembre 2021 applicable au projet exige qu'au moins 30% de la superficie du tènement de l'opération soient des espaces plantés dont 20% en pleine terre.

14. Il ressort de la notice que le projet nécessite une surface de 1209 m2 d'espaces plantés, à l'échelle de la parcelle, dont 242 m2 en pleine terre et que le projet prévoit une superficie de 1 645 m2 d'espaces plantés équivalente à la surface pleine terre. Si les requérants soulignent qu'il n'est pas justifié que la moitié des espaces libres de pleine terre forme un seul tenant, les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables au projet ne l'exigent pas. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 2.3 du règlement doit être écarté.

En ce qui concerne l'insertion du projet dans son environnement :

15. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

16. Les requérants soutiennent que le projet de deux bâtiments porte atteinte, au regard notamment de ses volumes et de sa hauteur ainsi qu'au caractère essentiellement pavillonnaire du site. Toutefois, le projet en litige s'insère, en zone UCb, dans un secteur sans intérêt particulier, à dominante pavillonnaire mais comportant également à proximité, des immeubles collectifs. La notice du projet mentionne que le projet se situe sur l'avenue du grand Massif dans un secteur résidentiel avec la présence de maisons individuelles ou jumelées. Elle fait état de la présence de programmes d'immeubles de logements collectifs au Nord du tènement et relève la présence de la nouvelle clinique en face de celui-ci. Il ne ressort pas des pièces du dossier notamment de la photographie d'insertion que les constructions projetées qui seront situées en face du bâtiment d'une clinique aux dimensions conséquentes, ne s'inséreront pas, au regard de leur gabarit, dans leur environnement, même si des maisons individuelles d'une hauteur et d'un volume inférieurs jouxtent immédiatement son terrain d'assiette. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

18. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. et Mme E et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Cluses et la SAS SAGEC Rhône-Alpes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à Mme A E, en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Cluses et à la SAS SAGEC Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230167

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