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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301798

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301798

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, M. A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités espagnoles ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la réponse de l'Espagne devra être produite ;

- les articles 4 et 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ont été méconnus ;

- l'article17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ont été méconnus ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les conditions de notifications ne sont pas régulières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jourdan, vice-présidente, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Huard, représentant le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, déclare être entré en France le 5 octobre 2022. Par l'arrêté attaqué du 15 mars 2023 la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités espagnoles au motif qu'il avait été identifié en Espagne le 2 octobre 2022 et après accord explicite des autorités espagnoles en date du 22 décembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. La décision attaquée comporte les éléments de fait et de droit sur lesquels elle est fondée. En particulier, l'arrêté attaqué mentionne les éléments relatifs à son passage par l'Espagne et à sa vie privée. Ces énonciations mettent le requérant à même de comprendre les motifs de la décision attaquée afin qu'il puisse les contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. Il résulte des pièces versées au dossier que les autorités espagnoles ont été effectivement saisies. La préfète a régulièrement présenté sa demande de prise en charge à l'aide du formulaire type prévu par le paragraphe 4 de l'article 23 du règlement n°604/2013 auprès des autorités espagnoles le 6 décembre 2022, dans le respect du délai de trois mois imparti à l'article 21. 1 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil. L'Espagne a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de M. A le 22 décembre 2022. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 21 à 24 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit dès lors être écarté.

5. Il résulte des pièces versées au dossier que le requérant a pu bénéficier de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 le 9 décembre 2022 à la préfecture de la Seine Saint Denis, en français. Si les dispositions de l'article 5 du règlement prévoient que le demandeur ou, le cas échéant, son conseil juridique ou un autre conseiller ait accès en temps utile au résumé de l'entretien, elles n'imposent aucunement qu'une copie de ce résumé lui soit spontanément remise par l'administration, ni qu'une information lui soit donnée sur son droit à consultation de ce document. L'intéressé n'a en outre pas demandé ce document. Par suite, le moyen tiré de la violation des garanties de procédure de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

6. M. A s'est vu remettre, le 9 décembre 2022, les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", sur lesquels il a apposé sa signature attestant ainsi en avoir été destinataire. Ainsi, il a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions manque en fait et doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / (). / 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ". La circonstance alléguée, que le requérant entretien une relation de concubinage ne saurait être regardée, à elle seule, comme une circonstance humanitaire justifiant la mise en œuvre de la procédure dérogatoire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement, dès lors que M. A n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une vie privée et familiale en France stable et intense en France, où il est arrivé en octobre 2022, soit très récemment. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Enfin, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité.

9. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et de condamnation de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Huard et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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