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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301813

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301813

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2023 et le 25 mai 2023, M. C B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI reçue le 7 avril 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur constate le solde de points nul de son permis de conduire et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique adressé le 19 décembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions de retraits de points affectés à son permis de conduire pour les huit infractions commises entre le 8 août 2021 et le 9 avril 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire et les points retirés et de prendre en compte le stage effectué les 31 mars et 1er avril 2023 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions 48SI de retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;

- les décisions de retraits de points méconnaissent l'obligation d'information préalable obligatoire en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie puisqu'il n'y a pas eu de notifications des titres exécutoires et que les recouvrements l'ont été par exécution forcée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a obtenu le 12 avril 2022, une reconstitution totale du nombre initial de douze points de son permis de conduire. Il demande au tribunal l'annulation de la décision 48SI du 7 avril 2023 constatant le solde de points nul de son permis de conduire et l'annulation des décisions de retraits de points affectant son permis de conduire suite à huit infractions commises entre le 8 août 2021 et le 9 avril 2022 totalisant la perte de 11 points. Il demande aussi la prise en compte d'un stage de récupération de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 28 avril 2023 et produit par le ministre de l'intérieur, que le point retiré suite à l'infraction commise le 21 mars 2022 lui a été restitué le 4 janvier 2023, soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision de retrait d'un point sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retraits de points :

En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Ainsi, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des sept infractions commises les 17 octobre 2021, 19 décembre 2021 à 11h15 et 21h44, 9 janvier 2022, 9 avril 2022, 10 mars 2022 et 8 août 2021 :

4. Selon l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

5. Cependant il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B, daté du 28 avril 2023 et produit à l'instance, que les sept infractions commises les 17 octobre 2021, 19 décembre 2021 à 11h15 et 21h44, 9 janvier 2022, 9 avril 2022, 10 mars 2022 et 8 août 2021 ayant donné lieu aux retraits de points contestés, sont affectées de la mention AM signifiant qu'elles ont fait l'objet de sept amendes forfaitaires majorées et en conséquence, de sept émissions de titres exécutoires. En application de l'article 530 du code de procédure pénale, M. B disposait de trente jours pour former auprès du ministère public des réclamations motivées qui pourraient avoir pour effet d'annuler ces titres exécutoires. En l'espèce le requérant produit à l'instance une réclamation, datée du 19 décembre 2022 et adressée à l'officier du ministère public, contre seize amendes. Toutefois le requérant n'apporte aucun élément établissant que ces réclamations auraient été considérées recevables et auraient abouti à des annulations des titres exécutoires. Il suit de là que la réalité des sept infractions précitées, doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

9. En l'espèce les cinq infractions des 17 octobre 2021, 19 décembre 2021 à 11h15 et 21h44, 9 janvier 2022 et 10 mars 2022 relevées par radar automatique et ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées. Il ressort des attestations de paiement de ces cinq amendes forfaitaires majorées, produites en défense, qu'elles ont toutes été encaissées par la trésorerie du contrôle automatisé, le 28 décembre 2022. Si M. B soutient que ces paiements sont intervenus par la voie du recouvrement forcé, il n'en produit pas la preuve à l'instance. Par suite ces paiements apportent la preuve que le requérant s'était vu délivrer l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. En revanche, l'infraction commise le 9 avril 2022 lors d'un excès de vitesse inférieur à 20 km/H a donné lieu à amende forfaitaire majorée mais son recouvrement n'est pas établi. Toutefois, M. B a commis la même infraction précédemment, à cinq reprises entre le 17 octobre 2021 et le 10 mars 2022. Le requérant s'étant, lors de ces précédentes infractions, vu délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, n'est pas fondé à se prévaloir d'un défaut d'information.

En ce qui concerne le retrait de trois points suite à l'infraction commise le 8 août 2021 :

11. Il ressort des pièces du dossier que la décision de retrait de trois points au permis de conduire du requérant, résulte de l'infraction qualifiée " usage d'un téléphone par conducteur véhicule en circulation " et relevée par procès-verbal électronique, produit en défense. Toutefois, ce procès-verbal n'est pas signé par le requérant qui a, d'autre part, présenté une réclamation le 22 mars 2023 à l'officier du ministère public. Celui-ci lui a répondu par courrier du 15 février 2023 " qu'il ressort de l'enquête que le conducteur du véhicule au moment de l'infraction était une femme brune (). M. B a donc la possibilité de désigner la conductrice, ce qui permettra la restitution de ses points. Dans le cas contraire, M. B restera redevable de cette contravention ". Par courrier du 22 mars 2023, l'intéressé a indiqué à l'officier du ministère public, qu'il n'est " pas en mesure d'identifier le conducteur au moment de l'infraction ".

12. Il résulte des dispositions combinées des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et des articles L. 121-3 et L. 223-1du code de la route que, lorsqu'une infraction aux règles du code de la route sans que soit intercepté le véhicule et que soit donc formellement identifié son conducteur, auteur de l'infraction, et qu'il est ensuite recouru à la procédure de l'amende forfaitaire lorsque celle-ci peut être utilisée, l'avis de contravention est adressé au titulaire du certificat d'immatriculation du véhicule, que l'article L. 121-3 du code de la route tient pour redevable pécuniairement de l'amende encourue pour ce type de contraventions sans toutefois établir à son égard une présomption de responsabilité pénale, et sauf à ce que l'intéressé établisse l'existence d'un vol ou de tout autre événement de force majeure ou qu'il n'apporte tous éléments permettant d'établir qu'il n'est pas l'auteur véritable de l'infraction.

13. Il appartient donc au destinataire d'un tel avis de contravention qui estime ne pas être l'auteur véritable de l'infraction constatée au sujet du véhicule dont il détient le certificat d'immatriculation de formuler, dans le délai de paiement de l'amende forfaitaire, une requête en exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention, auquel il incombe de transmettre cette requête au ministère public, ou à défaut, de former dans le délai de paiement de l'amende forfaitaire majorée une réclamation auprès du ministère public. Dans l'hypothèse où le ministère public, au vu de cette requête ou de cette réclamation, ne renonce pas à l'exercice des poursuites à son encontre et saisit la juridiction de proximité, l'intéressé pourra alors apporter devant le juge pénal tous les éléments permettant d'établir qu'il n'est pas l'auteur véritable de l'infraction. Dans le cas où il ne parviendrait pas à établir cet élément mais que sa culpabilité ne pourrait être davantage démontrée, et où la juridiction de proximité le déclarerait redevable de l'amende en application des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-3 du code de la route, cette décision n'entraînerait pas le retrait de points affectés à son permis de conduire, ainsi que le prévoient les dispositions du deuxième alinéa de cet article.

14. En revanche, lorsque le destinataire d'un avis de contravention choisit d'éteindre l'action publique par le paiement de l'amende forfaitaire, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 223-1 du code de la route que ce paiement établit la réalité de l'infraction et entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. Par suite, celui-ci ne peut utilement soutenir devant le juge administratif, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de retrait de points, qu'il n'est pas le véritable auteur de l'infraction.

15. En l'espèce, l'infraction commise le 8 août 2021 a donné lieu à une amende forfaitaire majorée dont l'administration apporte la preuve qu'elle a été payée le 27 janvier 2022. En tout état de cause, l'imputabilité d'une infraction à un auteur, ne relève que de la juridiction pénale et le juge administratif n'a pas compétence pour en connaître.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de retraits de dix points afférents aux sept infractions commises les 17 octobre 2021, 19 décembre 2021 à 11h15 et 21h44, 9 janvier 2022, 9 avril 2022, 10 mars 2022 et 8 août 2021, sont rejetées ainsi que les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet implicite du recours hiérarchique présenté le 19 décembre 2022 au ministre de l'intérieur contre ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'invalidation du permis de conduire de M. B :

17. Le requérant demande, dans le mémoire en réplique, de déclarer illégale la décision 48SI du 7 avril 2023 et de restituer les points à son permis de conduire. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant que le solde de points de son permis de conduire est nul. Si le requérant évoque la réception le 7 avril 2023, " d'une décision 48SI l'informant de l'invalidation de son permis de conduire ", cette décision n'est pas produite à l'instance ni mentionnée au relevé d'information intégral daté du 28 avril 2023. D'autre part, le requérant demande la prise en compte d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il aurait effectué les 31 mars et 1er avril 2023, mais il ne produit aucun document de nature à justifier la réalité de cette démarche.

18. Enfin il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, qu'outre les retraits de dix points contestés, ce relevé mentionne deux autres infractions ayant donné lieu à deux retraits d'un point chacune et qui n'ont pas été contestées dans la requête, ce qui porte à douze le nombre de points soustraits au permis de conduire du requérant.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

20. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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