jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301908 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2013, M. E C représenté par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.
M. C soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
- est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- n'est pas justifiée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- et les observations de Me Cans, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian né le 17 mars 1981 est entré en France avec sa concubine Mme D le 20 octobre 2017 selon ses propres déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 février 2019, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 avril 2019. Le recours contre la décision du préfet de la Haute-Savoie du 12 décembre 2019 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire a été rejeté par le tribunal administratif de Grenoble par jugement du 11 février 2020. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 14 janvier 2020, puis par la CNDA. M. C a sollicité le 2 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de
l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire au titre de l'admission exceptionnelle. Par arrêté attaqué du 2 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit donc être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations relatives aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine alors pourtant que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté ses demandes d'asile. Par ailleurs le fait que ses enfants soient scolarisés, qu'il participe à des actions de bénévolat et qu'il produise une promesse d'embauche postérieure à la décision attaquée sont insuffisants pour caractériser une insertion particulière dans la société française alors que la durée de présence de l'intéressé en France est le résultat de son maintien irrégulier sur le territoire malgré une mesure d'éloignement et le rejet de son recours devant les juridictions administratives. Enfin, si M. C se prévaut de l'état de santé de sa compagne, la seule pièce médicale produite est postérieure à la décision attaquée et est insuffisante pour en conclure que sa compagne ne pourrait disposer d'un traitement dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de séjour de l'intéressé en France, et au fait que rien ne s'oppose à ce que sa cellule familiale puisse se recomposer dans son pays d'origine, la décision de refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Si le requérant se prévaut de la scolarité de ses enfants, pour lesquels il n'apporte au demeurant aucun élément probant quant à sa paternité, eu égard à leur jeune âge et à leur scolarité récente sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait susceptible de porter atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. En troisième lieu, eu égard aux éléments qui précèdent, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. C en lui refusant un titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. L'illégalité de la décision refusant à M. C un titre de séjour n'étant pas établie, celui-ci n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
8. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au titre de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de la combinaison des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le préfet accorde un délai de départ volontaire, il peut prescrire une interdiction de retour, d'une durée maximale de deux ans, fixée en tenant compte de la durée de présence, de la nature et de l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
10. Si le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public et indique vivre en France depuis plus de cinq ans, être parfaitement intégré et que ses enfants sont scolarisés, il ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire en dehors de sa cellule familiale et s'y est maintenu malgré une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le préfet a pu sans erreur d'appréciation prononcer à son encontre une interdiction de retour et en fixer la durée à un an alors que la durée maximale possible était de deux ans.
11. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au titre de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
12. En troisième lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. C à quitter le territoire n'étant pas établie, celui-ci n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne le pays de destination :
13. En premier lieu, l'illégalité de la décision refusant à M. C un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire n'étant pas établie, celui-ci n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision fixant le pays de destination.
14. Le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée ainsi qu'il a été dit au point 1, ne produit aucune pièce corroborant les risques qu'il affirme encourir dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Cans et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient
M. Wyss, président,
M. Doulat, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 25 mai 2023.
Le rapporteur,
F. DOULAT
Le président,
JP. WYSS
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026