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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301909

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301909

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2013, Mme D E représentée par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.

Mme E soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant considéré à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'avis du collège de médecins de l'OFII et de l'irrégularité de cet avis ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- n'est pas justifiée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de Mme E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- et les observations de Me Cans, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante nigériane née le 30 mai 1979 est entrée en France avec son concubin M. C le 20 octobre 2017 selon ses propres déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 février 2019, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 avril 2019. Le recours contre la décision du préfet de la Haute-Savoie du 12 décembre 2019 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire a été rejeté par le tribunal administratif de Grenoble par jugement du 11 février 2020. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 14 janvier 2020, puis par la CNDA. Mme E a sollicité le 28 février 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté attaqué du 2 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru à tort lié par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme E.

4. En deuxième lieu, le préfet a produit l'avis du collège de médecins de l'OFII du 12 juillet 2022 selon lequel Mme E peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. La requérante, qui ne réplique pas après production de cet avis, n'en remet pas sérieusement en cause ni son existence, ni la régularité en se bornant à rappeler les garanties devant entourer son édiction. Elle n'établit pas plus une quelconque évolution de son état de santé qui aurait justifié une nouvelle saisine de ce collège de médecins. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis régulier doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l''état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Pour contester l'appréciation portée par le préfet au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, Mme E fait valoir qu'elle ne pourrait bénéficier des soins essentiels à son état de manière adéquate dans son pays d'origine. Si la requérante produit des certificats médicaux de son médecin généraliste et d'un médecin du CHU Grenoble Alpes, pour la plupart postérieurs à la décision attaquée, ces attestations ne se prononcent pas sur la disponibilité d'un traitement dans le pays d'origine, mais se bornent à indiquer que l'intéressée doit être suivie en France. Si la requérante se prévaut également d'articles de presse ou d'une étude réalisée par une compagnie d'assurance, ces documents dont seul un extrait est cité portent sur les conditions sanitaires générales au Nigeria et non pas sur la disponibilité d'un traitement correspondant à la pathologie de Mme E. Ainsi, les pièces produites, ne permettent pas d'établir que la requérante ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé, sans qu'il soit besoin de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. Dès lors, Mme E ne remet pas utilement en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur l'existence d'un traitement approprié au Nigeria et sur l'accès effectif à son traitement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, la requérante ne peut se prévaloir de son état de santé pour justifier de la nécessité de vivre en France. Par ailleurs le fait que ses enfants soient scolarisés, et qu'elle suive des cours de français sont insuffisants pour caractériser une insertion particulière dans la société française alors que la durée de présence de l'intéressée en France est le résultat de son maintien irrégulier sur le territoire malgré une mesure d'éloignement et le rejet de son recours devant les juridictions administratives. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de séjour de l'intéressée en France, et au fait que rien ne s'oppose à ce que sa cellule familiale puisse se recomposer dans son pays d'origine, la décision de refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Si la requérante se prévaut de la scolarité de ses enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait susceptible de porter atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de Mme E, eu égard à leur jeune âge et à leur scolarité récente sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. En sixième lieu, eu égard aux éléments qui précèdent, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme E en lui refusant un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au titre de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour.

12. L'illégalité de la décision refusant à Mme E un titre de séjour n'étant pas établie, celle-ci n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de la combinaison des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le préfet accorde un délai de départ volontaire, il peut prescrire une interdiction de retour, d'une durée maximale de deux ans, fixée en tenant compte de la durée de présence, de la nature et de l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

14. Si la requérante ne constitue pas une menace pour l'ordre public et indique vivre en France depuis plus de cinq ans, être parfaitement intégrée et que ses enfants sont scolarisés, elle ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire en dehors de sa cellule familiale et s'y est maintenu malgré une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le préfet a pu sans erreur d'appréciation prononcer à son encontre une interdiction de retour et en fixer la durée à un an alors que la durée maximale possible était de deux ans.

15. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au titre de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

16. En troisième lieu, l'illégalité de la décision obligeant Mme E à quitter le territoire n'étant pas établie, celle-ci n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne le pays de destination :

17. En premier lieu, l'illégalité de la décision refusant à Mme E un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire n'étant pas établie, celle-ci n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

18. La requérante, dont la demande d'asile a été rejetée ainsi qu'il a été dit au point 1, ne produit aucune pièce corroborant les risques actuels qu'elle affirme encourir dans son pays d'origine. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, elle n'est pas davantage fondée à soutenir qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Cans et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient

M. Wyss, président,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

F. DOULAT

Le président,

JP. WYSS

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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