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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301930

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301930

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBADJI OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 mars et 12 avril 2023, Mme A C, représentée par Me Badji Ouali, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 12 décembre 2022 par laquelle le préfet de Haute-Savoie a rejeté sa demande de changement de statut ; ensemble la décision du préfet de Haute-Savoie du 20 décembre 2022 portant refus d'enregistrement d'une demande de changement de statut ;

- 2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui transmettre une nouvelle date de rendez-vous auprès des services préfectoraux afin qu'elle puisse déposer sa demande de changement de statut ;

- 3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie d'enregistrer la demande et de lui délivrer un récépissé, conformément à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- 4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 300 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie ; elle justifie d'une situation d'urgence à suspendre la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de changement de statut dans la mesure où, en raison de l'impossibilité de déposer une nouvelle demande de titre de séjour, son séjour sur le territoire français est devenu irrégulier malgré les nombreuses diligences de la requérante pour obtenir un titre de séjour et se maintenir de manière régulière en France ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : la décision n'est pas motivée ; l'article L421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; l'obligation de présenter une autorisation de travail s'entend de l'obligation de produire un formulaire cerfa n° 15186*03 et un justificatif de dépôt d'une demande d'autorisation de travail auprès du ministère de l'Intérieur ; la décision viole sa liberté d'aller et venir ; la décision porte atteinte à l'article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable ; que l'urgence n'est pas caractérisée ; que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2301929, le 27 mars 2023, par laquelle Mme A C, représentée par Me Badji Ouali, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :

- M. B a présenté son rapport et a constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours par le requérant, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (). ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

3. D'autre part, l'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () / Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. ", et enfin, aux termes de l'article R. 5221-3 de ce code : " I. - L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire", délivrée en application de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ; / 2° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "salarié", délivrée en application de l'article L. 421-1 () ".

4. Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet, saisi d'une telle demande, est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour.

5. Le préfet de la Haute-Savoie soutient que le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont les dispositions sont rappelées au point 2, si le préfet estime être saisi d'une demande incomplète, il lui appartient d'indiquer au demandeur les pièces manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.

6. Toutefois, ainsi qu'il est rappellé au point 4, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour. Il ressort des pieces du dossier que Mme A C, ressortissante malgache, est entrée régulièrement en France le 25 septembre 2017 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant valable du 22 septembre 2017 au 22 septembre 2018. Elle a ensuite obtenu auprès de la préfecture de la Haute-Garonne une carte de séjour pluriannuelle étudiant valable du 23 septembre 2018 au 22 octobre 2020, suivie d'une carte de séjour temporaire pour recherche d'emploi ou creation d'entreprise valable du 9 février 2021 au 8 février 2022. Mme C a ensuite déposé une demande de titre de séjour sur la plateforme en ligne en qualité d'étudiante. Elle a obtenu une attestation de prolongation d'instruction valable du 21 juillet 2022 au 20 octobre 2022. Suite à son déménagement dans le département de la Haute-Savoie, sa demande a été clôturée le 25 juillet 2022. Les 24 et 29 octobre 2022, elle a sollicité auprès des services de la prefecture de la Haute-Savoie un rendez-vous, pour le renouvellement de son visa long séjour valant titre de séjour. Le rendez-vous a été fixé le 12 décembre 2022. Par un courrier reçu en préfecture le 3 novembre 2022, elle a sollicité une demande d'admission exceptionnelle au séjour, précisant qu'elle demandait un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. Il s'ensuit que la requérante n'était plus en situation régulière lorsqu'elle a contacté les services de la prefecture de la Haute-Savoie en vue de la délivrance d'une carte de séjour. Dans ces circonstances, elle ne démontre pas davantage son droit à la délivrancance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 ou L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision attaquée ne porte aucune modification de la situation administrative de la requérante, son séjour sur le territoire français étant déjà irrégulier. Elle ne justifie, par conséquent, d'aucun élément permettant de caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de Mme C dirigées contre le préfet de la Haute-Savoie qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Grenoble, le 13 avril 2023.

Le juge des référés,

C. B

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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