mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars et le 19 avril 2023, M. E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
L'arrêté dans son ensemble
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire ;
La décision portant refus de séjour :
- méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste les moyens soulevés par M. E et fait notamment valoir que ce dernier pouvait entrer en France sans visa mais pas s'y maintenir au-delà du délai de trois mois ce qui rend son entrée irrégulière.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Morand, greffier d'audience, Mme D a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard assistant M. E.
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. M. E, ressortissant serbe, né en 1975, soutient être entré en France en juillet 2018. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 30 janvier 2020 confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2022. Le 2 juin 2022, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 3 mars 2023, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
3. Pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que M. E, " ne démontre pas être entré régulièrement sur le territoire national " et qu'il ne justifie pas d'une vie commune effective avec son épouse. Dans ses écritures, il précise que l'intéressé est entré régulièrement mais s'est maintenu en situation irrégulière au-delà du délai de trois mois.
4. La délivrance d'une première carte de séjour aux conjoints de français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est subordonnée, par les dispositions de l'article L. 412-1 du même code, à la production d'un visa de long séjour. L'annexe II du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ne dispense les ressortissants serbes de visa que pour les courts séjours de moins de 90 jours.
5. Néanmoins, aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
6. D'une part, le préfet ne conteste pas qu'ainsi qu'il le soutient, que M. E est entré régulièrement dès lors qu'il est dispensé de détenir un visa de court séjour. La circonstance qu'il se soit maintenu au-delà du délai de trois mois est sans incidence sur la régularité de l'entrée et le préfet ne lui oppose aucun autre motif susceptible de faire regarder son entrée comme irrégulière de sorte qu'il doit être tenu pour acquis, en l'état du débat, que M. E est entré régulièrement en France.
7. D'autre part, M. E a épousé Mme B A, ressortissante française, à Voiron le 25 septembre 2021. Il justifie que les époux ont déclaré sur l'honneur le 23 février 2022 qu'ils vivent ensemble depuis le 21 juillet 2018. L'arrêt de la cour d'appel de Grenoble du 23 septembre 2019 refusant d'extrader M. E fait état de cette vie commune. Outre un contrat d'énergie aux deux noms et une assurance responsabilité civile pour toute la cellule familiale, le couple produit également deux attestations de l'ex-époux de Mme A et de leur fille aînée, qui témoignent que depuis son arrivée au foyer le requérant joue un rôle très important dans la vie de l'enfant encore mineure de Mme A. Ces éléments circonstanciés et concordants ne sont remis en cause par aucune pièce et ils établissent l'effectivité de la vie commune depuis plus de six mois à la date du refus de titre.
8. Par suite, le refus de titre méconnaît les dispositions citées au point 5 de l'article L. 423-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Au demeurant, M. E est également fondé à soutenir que ce refus de titre, s'il ne méconnaissait les dispositions précitées, serait entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences dès lors qu'en France, il est marié, inséré professionnellement et très attaché à l'enfant de son épouse alors que le juge judiciaire a refusé sa remise aux autorités serbes pour qu'il purge une peine de prison en retenant que ne pouvaient être écartés ni le motif politique de la condamnation, ni le risque de traitements inhumains ou dégradants en prison.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre et, par voie de conséquence, la mesure d'éloignement ne peuvent qu'être annulés.
11. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sous huitaine d'une autorisation provisoire de séjour.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Huard, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 3 mars 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sous huitaine d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me Huard sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La magistrate désignée,
A. DLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026