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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302056

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302056

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, Mme D B, représentée par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de cet arrêté sur le fondement de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit d'être entendu ;

- il méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant l'assistance d'un interprète ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- à titre subsidiaire, la suspension de l'obligation de quitter le territoire français doit être prononcée, dès lors qu'elle fait état d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire.

Par un mémoire enregistré le 24 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 mai 2023 à 8 heures 50, ne s'y sont pas présentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née en 1997, est entrée sur le territoire français le 10 mai 2021 selon ses déclarations. Par une décision du 19 octobre 2022, l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a déclaré irrecevable sa demande d'asile sur le fondement du 1° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 mars 2023, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé comme pays de destination tout pays où elle est légalement admissible, notamment la Suisse où elle dispose d'une protection internationale, à l'exclusion du pays dont elle a la nationalité.

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, attachée principale, cheffe du service immigration et de l'intérieur à la direction de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il répond ainsi à l'exigence de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort également de cette motivation que le préfet a procédé à un examen sérieux de la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen sérieux doivent être écartés.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une violation de ce droit n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent. dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations préalablement à son édiction.

6. En l'espèce, Mme B ne faisant état d'aucun élément qu'elle aurait souhaité porter à la connaissance des services préfectoraux, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté doit être annulé en raison de la méconnaissance de son droit d'être entendu .

7. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent les modalités selon lesquelles les décisions doivent être communiquées aux étrangers.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants () 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un État tiers et y est effectivement réadmissible ". En l'espèce, il ressort du fichier Eurodac que Mme B s'est vu reconnaître une protection internationale en Suisse. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne dispose pas d'une telle protection. Par ailleurs, elle n'est pas recevable à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du rejet de sa demande d'asile pour irrecevabilité par l'OFPRA.

9. En sixième lieu, l'intéressée a déposé une demande d'asile le 12 mai 2021 et n'a pas sollicité un titre de séjour, dans le délai de deux mois imparti à compter du dépôt de cette demande en vertu de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si elle fait valoir que ce délai ne lui est pas opposable du fait qu'elle n'a pas osé porter plainte en France avant le 2 septembre 2021pour des violences dont elle aurait été victime en Suisse, cette plainte ne vaut pas demande de titre de séjour mais ne vient que s'inscrire au soutien de sa demande d'admission au titre de l'asile.

10. En septième lieu, Mme B est entrée en France le 10 mai 2021 selon ses déclarations. Elle a vu sa demande d'asile être déclarée irrecevable par l'OFPRA en raison de la délivrance d'une protection internationale à son encontre en Suisse. Si Mme B indique être en couple avec un ressortissant congolais avec qui elle a eu une fille le 17 février 2023, il ressort du récépissé du dépôt de plainte de la requérante qu'elle est toujours en lien avec sa famille au pays d'origine, où se trouve notamment son père, un enfant et plusieurs frères et sœurs. Par suite, l'intéressée ne justifie pas avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En huitième lieu, il ne résulte pas du dépôt de plainte en date du 2 septembre 2021 ni de l'attestation du suivi psychologique en date du 24 mars 2022 que Mme B courrait des risques réels et personnels en Suisse en raison d'un réseau de traite d'êtres humains.

12. En neuvième lieu, le père de la fille de Mme B ne réside régulièrement en France sur le fondement d'un titre de séjour " étudiant ", qui a vocation à n'être que temporaire. Par suite, l'intéressée n'établit pas l'impossibilité de refonder la cellule familiale hors de France et l'arrêté attaqué ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme B, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Au vu de ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

14. En dernier lieu, tel qu'il a été dit ci-dessus, la requérante ne justifie d'aucun élément suffisamment sérieux pour justifier de son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande subsidiaire de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français présentées au titre de l'article L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejetée.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation ou même la suspension de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me David et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302056

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