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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302058

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302058

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2023, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A E et de Mme B D du lieu d'hébergement qu'ils occupent indûment 124 D avenue Jean Jaurès à Eybens (38320) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux des intéressés ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. E et Mme D à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. E et Mme D ont été définitivement débouté de leur demande d'asile et qu'ils occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, M. E et Mme D, représentés par Me Mathis, concluent :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à ce qu'un délai plus large leur soit accordé pour quitter les lieux.

Ils soutiennent que :

- la demande du préfet est dépourvue d'urgence et d'utilité ;

- le préfet ne justifie pas avoir notifié la lettre de mise en demeure qui leur a été adressée, en l'absence d'accusé de réception du pli contenant cette lettre ;

- il méconnaît les articles L. 552-15 et R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de M. F, représentant le préfet de l'Isère ;

- et les observations de Me Mathis, avocate de M. E et Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E et Mme D, de nationalité bosnienne, ont été admis le 18 novembre dans un logement à Eybens géré par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile CADA Entraide Pierre Valdo situé à Echirolles. Leurs demandes d'asile ayant été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 12 janvier 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mai 2022. Les intéressés ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 mai 2022 dont la légalité a été reconnue par un jugement du tribunal administratif de Grenoble en date du 10 août 2022. Par un courrier du 2 août 2022, remis en main propre le 4 août 2022, la directrice territoriale de l'office française de l'immigration et de l'intégration leur a adressé une notification de sortie de leur lieu d'hébergement. M. E et Mme D s'y sont toutefois maintenus en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux prononcée à leur encontre le 13 octobre 2022 par le préfet de l'Isère. Par la présente requête, le préfet de l'Isère demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E et Mme D du logement géré par le CADA Entraide Pierre Valdo et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E et Mme D, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Le préfet de l'Isère expose que le département dispose de 2 328 places d'hébergement au 28 février 2023 contre 1 431 en 2017. Au 28 février 2023, le taux d'occupation du dispositif était de 99,3% et celui des dispositifs HUDA et CADA respectivement de 99,1% et 100%, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 12,5% sont occupés par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 797 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. L'inexactitude matérielle de ces faits ne résulte pas de l'instruction. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que M. E et Mme D, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, quittent l'hébergement dans lequel ils se maintiennent sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

7. M. E et Mme D soutiennent que la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet de l'Isère les a mis en demeure de quitter le logement au 124 D avenue Jean Jaurès à Eybens ne leur a pas été régulièrement notifiée. Le moyen manque toutefois en fait.

8. Si M. E et Mme D font valoir qu'ils ont deux enfants âgés de 5 et 7 ans régulièrement scolarisés, cette circonstance n'est pas de nature à justifier leur maintien en CADA alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée.

9. Par suite, dès lors que sont satisfaites les conditions prévues par les articles L. 552-15 et R.552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles est subordonnée la possibilité pour l'autorité administrative de saisir le président du tribunal administratif pour demander en justice, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'évacuation de demandeurs d'asile définitivement déboutés de leur demande de leur lieu d'hébergement, le préfet est fondé à demander leur expulsion.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E et Mme D de l'appartement qu'ils occupent sans droit ni titre. En l'absence de départ volontaire, le préfet de l'Isère est autorisé de faire procéder à leur évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des défendeurs, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : M. E et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. E et Mme D de quitter sans délai le logement qu'ils occupent 124 D avenue Jean Jaurès à Eybens (38320).

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. E et Mme D, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. E et Mme D, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A E et Mme B D et à Me Mathis.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le président,

J. P. CLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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