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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302189

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302189

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B C du lieu d'hébergement qu'il occupe indûment PRAHDA Adoma, 1 rue de la Vallée Fertile à Fontanil-Cornillon (38120) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de l'intéressé ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C à défaut pour celui-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. C a été définitivement débouté de sa demande d'asile et qu'il occupe irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, M. C, représenté par Me Mathis, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à ce qu'un délai plus large lui soit accordé pour quitter les lieux et de lui proposer, durant ce délai, un hébergement adapté à son état de santé ;

- en tout état de cause, qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat au profit de son conseil.

Il soutient que :

- la demande du préfet est dépourvue d'urgence et d'utilité ;

- méconnaît les articles L. 552-14 et R.552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de M. D, représentant le préfet de l'Isère ;

- et les observations de Me Mathis, avocate de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité nigériane, a été admis le 10 juin 2020 dans un logement géré par l'association Adoma à Fontanil-Cornillon. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 août 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 mars 2022. Le 31 mai 2022, il a fait une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui a fait l'objet d'un avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 29 septembre 2022. La directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a adressé, le 6 mai 2022, une notification de sortie de son lieu d'hébergement, remise en main propre le 13 mai 2022. M. C s'y est toutefois maintenu en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux, prononcée à son encontre le 16 mars 2023 par le préfet de l'Isère. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 10 février 2023 qu'il n'a pas contesté. Par la présente requête, le préfet de l'Isère demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C du logement géré par l'association Adoma et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Le préfet de l'Isère expose que le département dispose de 2 328 places d'hébergement au 28 février 2023 contre 1 431 en 2017. Au 28 février 2023, le taux d'occupation du dispositif était de 99,3% et celui des dispositifs HUDA et CADA respectivement de 99,1% et 100%, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 12,5% sont occupés par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 797 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. L'inexactitude matérielle de ces faits ne résulte pas de l'instruction.

5. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que M. C, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, quitte l'hébergement dans lequel il se maintient sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

6. Aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". L'article R. 552-11 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article R.552-12 du même code : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de l'article R.552-14 du même code : " Lorsque la personne n'a pas quitté le lieu d'hébergement à la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, à l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le gestionnaire met en œuvre la décision de sortie prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il en informe l'office et le préfet de département dans lequel se situe le lieu d'hébergement ".

7. La circonstance, à la supposée établie, que le gestionnaire n'aurait pas informé le préfet de l'Isère et l'OFII du maintien dans les lieux du requérant est sans incidence sur la régularité de la procédure. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 552-14 et R.552-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

8. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expulsion de M. C, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, de l'appartement géré par l'association Adoma qu'il occupe.

9. Il ressort toutefois des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté que M. C souffre d'une infection au virus du VIH, d'une hématurie microscopique, d'une stéatose hépatique et d'un syndrome dépressif et qu'il doit suivre un traitement qui exclut son départ du logement qu'il occupe sans que lui soit proposée une solution alternative. Par suite, il y a lieu d'accorder à M. C un délai de deux mois pour quitter l'hébergement accordé au titre de sa demande d'asile et d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui proposer dans ce délai un hébergement adapté. En l'absence de départ volontaire à l'issue de ce délai malgré une proposition d'hébergement adapté, le préfet de l'Isère est autorisé à faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques du défendeur, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. C de quitter le logement qu'il occupe 1 rue de la Vallée Fertile à Fontanil-Cornillon (38120), dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de proposer à M. C, dans le même délai de deux mois, un hébergement adapté à son état de santé.

Article 4 : En l'absence de départ volontaire de M. C à l'issue de ce délai malgré une proposition adaptée, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. C, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B C et à Me Mathis.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le président,

J. P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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