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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302195

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302195

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, Mme D épouse B, représentée par Me Blanc, demande tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2023, par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de l'autoriser à déposer une demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris en violation de l'article 16 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- l'arrêté a été pris en violation de l'article 17 du même règlement.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la date d'audience.

Après avoir lu son rapport à l'audience publique du 17 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante du Kosovo qui a déclaré être entrée sur le territoire français le 5 décembre 2022, a présenté une demande d'asile le 15 décembre 2022. Les recherches sur le fichier Eurodac ont révélé qu'elle était titulaire d'un visa valide du 1er août 2022 au 31 janvier 2023 délivré par les autorités suisses, lesquelles ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de l'intéressée le 14 février 2023. Par l'arrêté attaqué du 22 mars 2023, la préfète du Rhône a décidé de la remise de Mme B aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile.

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme B à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

3. Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n°604/2013 : " Personnes à charge : 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. 2. Lorsque l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère visé au paragraphe 1 réside légalement dans un État membre autre que celui où se trouve le demandeur, l'État membre responsable est celui dans lequel l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère réside légalement, à moins que l'état de santé du demandeur ne l'empêche pendant un temps assez long de se rendre dans cet État membre. Dans un tel cas, l'État membre responsable est celui dans lequel le demandeur se trouve. Cet État membre n'est pas soumis à l'obligation de faire venir l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère sur son territoire. () ".

4. La requérante soutient qu'elle est venue rejoindre une de ses sœurs, Mme C épouse A, installée sur le territoire national avec son époux et ses enfants, que cette dernière est en mesure de lui apporter l'aide dont elle a besoin en raison de ses problèmes de santé, à savoir des hémorragies pelviennes nécessitant des transfusions et des examens complémentaires qui rendent difficile son transfert. Toutefois, il ne ressort ni du certificat médical produit à l'instance, ni des autres pièces du dossier que la requérante doit être regardée comme dépendante de l'assistance de la personne qu'elle dit être sa sœur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1 chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par le 1 de l'article 17 du règlement n°604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. En se bornant à invoquer la présence en France de membres de sa famille et sa vulnérabilité, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les soins que nécessite son état de santé ne pourraient pas être poursuivis en Suisse, Mme B n'établit pas que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté que lui accorde l'article 17 précité.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D épouse B, à Me Blanc et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le magistrat désigné,

T. Pfauwadel

La greffière,

V. Barnier

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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