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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302216

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302216

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. F, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction d'y revenir pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention citoyen européen " ou, à titre subsidiaire, " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. F soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- méconnaît le 1° de l'article L. 233-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence ;

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour :

- doit être annulée par voie de conséquence ;

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 200-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 612-7 du même code ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste les moyens soulevés et indique qu'il a retiré l'interdiction de retour.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet, présidente,

- et les observations de Me Mathis, substituant Me Cans et représentant M. F, et de M. D pour le préfet de l'Isère.

1. M. F, ressortissant algérien né en août 1957, dit être entré en France en juin 2013 accompagné de Mme C, ressortissante italienne qu'il a épousée en 2010 et de leur fils né en 2012 en Algérie. M. F a été autorisé au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante européenne du 11 mars 2020 au 10 mars 2021. Il a demandé le 13 avril 2021 le renouvellement de ce titre de séjour. Le 19 octobre 2021, il obtenait la nationalité italienne. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour " membre de famille A ", au motif qu'il ne justifiait ni de la communauté de vie avec son épouse, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, ni de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de leur enfant, qu'il n'a pas de ressources régulières issues d'une activité professionnelle stable et qu'il constitue une charge pour le système social.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E, cheffe de service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

Sur le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° " ;

4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. F, qui a demandé le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante européenne aurait porté à la connaissance du préfet le décret postérieur du 19 octobre 2021 lui octroyant la nationalité italienne. Le moyen tiré du défaut d'examen de son droit au séjour en qualité de ressortissant européen doit être écarté. Au demeurant, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées, les critères d'appréciation du droit au séjour d'un ressortissant européen ou de son conjoint sont les mêmes.

5. L'arrêté attaqué mentionne que M. F a été interpellé le 4 février 2018 pour des violences suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours sur conjoint, à seule fin de remettre en cause la communauté de vie. Le préfet, qui a retenu que l'intéressé ne remplissait aucune des conditions de délivrance d'un titre, ne lui a pas opposé la réserve d'ordre public pour s'opposer à la délivrance de plein droit. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme inopérant.

6. Contrairement à ce qu'il soutient, le requérant, qui produit des documents adressés par pôle emploi en 2020 et 2021 ainsi qu'un certificat de travail auprès d'une association recensant des heures travaillées entre juin 2021 et mai 2022, n'apporte aucune pièce tendant à établir, qu'âgé de 65 ans, il exerçait une activité professionnelle en France au jour de l'arrêté en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 233-1 précité doit être écarté.

7. Si M. F se prévaut de sa durée de séjour en France, il ne produit aucune pièce concernant son intégration ou ses liens personnels en France. La seule production de la carte d'identité de son frère, de nationalité française, ne permet pas de retenir, faute de toute précision ou témoignage, qu'il entretiendrait des liens avec ce dernier. La circonstance que son fils, qui dispose de la double nationalité algérienne et italienne, soit placé par le juge pour enfants et que M. F soit présent lors des droits de visite chez la mère pour l'assister dans cet accueil n'est pas suffisante pour retenir que le refus de titre porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de titre imposerait la séparation de l'enfant, qui dispose de la double nationalité algérienne et italienne, d'avec l'un ou l'autre de ses parents, qui disposeraient tous deux de la nationalité italienne et font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 8 que le refus de titre n'a pas pour effet d'éloigner M. F de son fils ou de nuire à son insertion professionnelle. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Par suite, les conclusions en annulation du refus de titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que l'obligation de quitter le territoire ne peut être annulée par voie de conséquence.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

13. Il résulte également de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. F ne peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement du 1° de l'article L. 233-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 251-1 du même code.

15. Par suite, les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'interdiction de retour :

16. Aux termes de l'article L. 251-4 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Le 2° et le 3° l'article L 251-1 visent la situation du ressortissant européen qui

" constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société " ou dont le " séjour est constitutif d'un abus de droit ".

17. Le préfet justifie que par un arrêté du 9 mai 2023, il a retiré l'interdiction de retour prononcée à l'encontre du requérant, devenu ressortissant européen en cours de procédure. Il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions en annulation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les autres moyens d'annulation ne peuvent qu'être écartés. Les surplus des conclusions en annulation doivent ainsi être rejetées, de même que les conclusions en injonction et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de l'interdiction de retour.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F, à Me Cans et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Morel, premier conseiller,

M. Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

A Triolet

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. MorelLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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