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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302231

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302231

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 13 avril 2023, M. B D, représenté par Me France, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ; à titre subsidiaire, de lui accorder " les plus larges délais de départ volontaire " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet aurait dû désigner comme pays de renvoi le Portugal, pays dans lequel il vivait sous couvert d'un titre de résident et où vivent sa femme et ses enfants de nationalité portugaise et le préfet ne justifie pas du refus par les autorités portugaises de mettre en œuvre la procédure de réadmission.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, première conseillère, pour statuer sur la requête.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 avril 2023 à 11 heures :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me France pour M. D, assisté de M. E, interprète, qui précise que les conclusions présentées à titre subsidiaire tendent à l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et soutient, en outre, que le préfet de l'Isère n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. D et que celui-ci n'a pas été assisté d'un interprète pendant la procédure d'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité bissau-guinéenne, né le 27 novembre 1966, déclare être entré en France en octobre 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative ".

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F A, directeur de la citoyenneté et de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation de signature par arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées et mentionne les éléments propres à la situation de M. D. Par suite, et alors que le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs que l'administration énonce, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. D.

7. En quatrième lieu, si M. D soutient qu'il n'a pas été assisté d'un interprète pendant la procédure d'obligation de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interrogé, en présence d'un interprète en langue portugaise, lors de son audition par les services de gendarmerie le 21 mars 2023, sur sa situation administrative et personnelle et ses observations ont été recueillies sur une éventuelle mesure d'éloignement prise à son encontre. Au surplus, la notification de l'arrêté attaqué lui a été lue par le truchement du même interprète.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de l'Isère, après avoir visé les dispositions de l'article L. 612-2 et celles du 2° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce dans la décision attaquée qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans procéder à la régularisation de sa situation administrative et que ne travaillant pas et en l'absence de ressources légales sur le territoire français, il ne dispose pas de ressources lui permettant de pourvoir seul à son retour dans son pays d'origine. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas fondé sur le fait que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, si M. D soutient que le seul fait de ne pas travailler en France ne saurait justifier l'absence de tout délai de départ volontaire et que sa famille habitant au Portugal est en mesure de le soutenir financièrement, il ne conteste pas s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul élément prévu au 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile caractérisant un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il entend quitter le territoire français afin de retrouver sa famille au Portugal dès qu'il en aura la possibilité et entamer des démarches afin d'obtenir un nouveau titre de résident au Portugal, M. D n'établit pas que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible () ".

11. L'arrêté attaqué fait obligation à M. D de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible. Le requérant soutient, d'une part, que le préfet aurait dû désigner comme pays de renvoi le Portugal, pays dans lequel il vivait sous couvert d'un titre de résident et où vivent sa femme et ses enfants de nationalité portugaise et, d'autre part, le préfet ne justifie pas du refus par les autorités portugaises de mettre en œuvre la procédure de réadmission. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont refusé la délivrance d'un laissez-passer d'entrée au Portugal et la réadmission du requérant de nationalité bissau-guinéenne. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. M. D étant la partie perdante dans la présente instance, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. D est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me France et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La magistrate désignée,

A. C

Le greffier,

P. Buguellou

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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