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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302232

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302232

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 11 avril 2023, M. D G, représenté par Me Gerin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme André pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et à l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme André,

- et les observations de Me Gerin pour M. G, assisté de Mme I, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, né le 8 mai 1978, est un ressortissant algérien. Il est entré en France le 26 mai 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Par arrêté du 8 juillet 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 6 février 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par l'arrêté attaqué du 28 mars 2023, il l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. G.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E H, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par le préfet de l'Isère par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées et mentionne les éléments propres à la situation de M. G. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles () L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ".

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet peut assigner à résidence un étranger, en dehors de tout risque de fuite, lorsque, comme en l'espèce, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré, et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En dernier lieu, si M. G justifie que sa fille B souffre d'une scoliose nécessitant un suivi orthopédique ainsi qu'une intervention chirurgicale à court terme et que son fils C présente une pathologie uronéphrologique pour laquelle il est suivi tous les six mois à Bron, il n'est établi ni que la mesure d'assignation est incompatible avec la périodicité des soins des enfants ni que leur mère, qui ne fait pas l'objet d'une telle mesure, ne peut assurer le transport de ces derniers à leurs consultations médicales ni que les enfants ne peuvent être pris en charge par un établissement hospitalier dans le département de l'Isère. Il n'apparaît pas davantage que la mesure d'assignation litigieuse fasse obstacle à la scolarisation des quatre enfants de M. F. Dans ces conditions, et eu égard aux modalités retenues et à leur durée limitée, la mesure d'assignation, justifiée par une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. F le 8 juillet 2022, n'est pas disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. M. F étant la partie perdante dans la présente instance, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. G est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. G est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Me Gerin et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

V. André

La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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