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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302246

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302246

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et des mémoires enregistrés les 8, 14 et 24 avril 2023, et 3 mai 2023, M. C, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1600 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- La décision émane d'une autorité incompétente ;

- La décision est insuffisamment motivée ;

- Elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- Les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- La décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :

- Elle doit être annulée par voie de conséquence ;

- Elle n'est pas motivée et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais, né le 6 septembre 1998, déclare être entré sur le territoire français le 1er janvier 2023. Par un arrêté en date du 6 avril 2023, le préfet de l'Ain l'a obligé, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. D A, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de l'Ain, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de l'Ain en date du 28 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain en date du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. C et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant et aux conditions de son séjour en France ne constitue pas un défaut de motivation. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il résulte des termes mêmes de la décision en litige que le préfet s'est livré à un examen particulier et complet de la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. L'entrée en France de M. C est récente. Il ne justifie pas d'une insertion particulière. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère et de son beau-père, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de leurs liens, et alors qu'ils ont vécu séparés depuis de nombreuses années. Par ailleurs, s'il fait état de risques encourus dans son pays d'origine, il ne justifie pas ses allégations. Dans ces conditions et eu égard à la durée de séjour du requérant en France, le préfet de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. Dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé au requérant, et que celui-ci ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, le préfet pouvait, en application des dispositions précitées, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la durée d'un an n'apparait pas disproportionnée. Par suite, cette décision, qui est en l'espèce suffisamment motivée, n'est pas entachée de disproportion.

Sur les autres conclusions :

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Deme et au préfet de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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