lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2302342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | DIEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Dieye, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer aux époux A des autorisations provisoires de séjour dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir et de procéder à un nouvel examen de leurs dossiers dans un délai de 30 jours à compter du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'erreurs de fait ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Vial-Pailler, vice-président.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a entendu les observations de M. B, représentant le préfet de l'Isère.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, né le 1er janvier 2000, de nationalité guinéenne, a déclaré être entrée en France le 30 décembre 2019 sans apporter la preuve de la date et des conditions de son entrée sur le territoire français. L'intéressée a formulé le 15 septembre 2020 une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a jugé sa demande irrecevable en application de l'article L. 531-32 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 27 mai 2021, au motif que celle-ci est bénéficiaire de la protection internationale en Italie. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 novembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 3 mars 2023, le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
3. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent. Le préfet n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont la requérante entend se prévaloir. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.
4. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception, à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure, que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Mme C A soutient que l'arrêté du 4 juillet 2022 comporte plusieurs erreurs sur le parcours de son époux puisque ce dernier n'est jamais passé par l'Espagne, mais par l'Italie et n'a donc jamais donné une fausse identité. Elle soutient, également, que la plupart des éléments donnés par la préfecture de l'Isère dans cet arrêté et son mémoire en défense font référence à un autre étranger, sauf en ce qui concerne les membres de la famille du requérant et sa demande d'autorisation de travail. Toutefois, l'arrêté du 4 juillet 2022 concernant son époux n'est pas le fondement de l'arrêté attaqué du 3 mars 2023 dans la présente instance concernant Mme C A. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de l'arrêté en date du 4 juillet 2022 à l'appui de la contestation de l'arrêté attaqué du 3 mars 2023.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
6. Mme A soutient que son époux et elle-même sont parfaitement francophones et que le choix éducatif qu'ils engagent pour leurs enfants démontre également leur attachement aux valeurs de la République, qu'au regard des documents produits et de leur situation personnelle (présence en France depuis 3 ans), il est sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait formulé une demande à l'admission au séjour prévue par ces dispositions. Par suite, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni présenter de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Mme A soutient que son mari et elle-même sont francophones, qu'ils sont entrés en France le 30 décembre 2019, que son époux exerce une activité salariée, qu'il est actuellement engagé dans le cadre du dispositif contrat d'engagement jeune depuis le 29 décembre 2022 pour une durée de 12 mois minimum, qu'ils vivent en France avec leurs enfants nés respectivement en 2020 et 2021, que l'absence de titre de séjour constitue ainsi un frein à leurs projets professionnels et demeure impactant sur leur vie personnelle.
9. Toutefois, Mme A ne vit en France que depuis trois ans alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans dans son pays d'origine, soit la majeure partie de sa vie. Elle ne fait valoir aucun lien personnel et familial en France, en dehors de la présence de sa cellule familiale, dont le défaut lui serait préjudiciable. Ses deux enfants et son conjoint ont également été déboutés de leurs demandes de protection internationale. Son conjoint fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Italie où elle dispose de la protection internationale matérialisée par un titre de séjour délivré au titre de la protection subsidiaire valide jusqu'au 5 avril 2024. Elle y résidait, au demeurant, depuis le 21 août 2018. Si Mme A a deux enfants mineurs présents en France, la décision attaquée n'a ni pour effet, ni pour objet de la séparer de ces derniers. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la scolarité des enfants ne pourrait pas être poursuivie en Italie, pays dans lequel leurs parents bénéficient déjà d'un droit au séjour. Il s'ensuit, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de Mme A, que le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". La décision fixant le pays de destination exclut expressément la Guinée comme pays de renvoi eu égard à la protection subsidiaire dont bénéficient les époux A en Italie. Mme A n'apporte aucun élément probant tendant à démontrer qu'elle serait soumise à des risques personnels et réels de tortures ou traitements inhumains en cas de retour de retour en Italie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Dieye et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le magistrat désigné,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026