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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302348

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302348

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE DANTEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 14 avril, le 20 août et le 30 octobre 2023, ce dernier mémoire non communiqué, M. B D et Mme C D, représentés par Me Le Dantec, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le maire de la commune d'Annecy a délivré à la société Domaine des Sens un permis de construire quatre bâtiments collectifs de vingt logements sur le terrain situé 378 route d'Annecy, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Annecy une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté contesté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il est entaché de l'exception d'illégalité du classement du terrain d'assiette en zone 1AU en méconnaissance des articles R.151-20 et R.123-6 ancien du code de l'urbanisme d'une part et de l'article L.122-10 du code de l'urbanisme d'autre part ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en méconnaissance de l'article R.431-8 du code de l'urbanisme ;

- il est incomplet en méconnaissance de l'article R.431-9 du code de l'urbanisme ;

- il est incomplet en méconnaissance de l'article R.431-10 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article R.431-16 j) du code de l'urbanisme ;

- il est incomplet en l'absence du tableau prévu à l'article R.431-16-1 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait l'article 2.1AU du règlement du plan local d'urbanisme relatif au taux de logements sociaux ;

- l'accès au projet méconnait l'article 3.1AU du même document et l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait l'article 4.1AU du plan local d'urbanisme relatif à la desserte des réseaux ;

- le projet méconnait l'article 7.1AU du plan local d'urbanisme et les dispositions de l'OAP relatives à l'implantation par rapport aux limites séparatives ;

- il méconnait l'article 10.1AU du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur ;

- il méconnait l'article 11.1AU du plan local d'urbanisme relatif à l'insertion ;

- il méconnait l'article 12.1AU du plan local d'urbanisme relatif au stationnement des véhicules ;

- le projet méconnait l'article R.111-2 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'OAP relatives à la collecte des déchets ménagers.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 juin et 29 septembre 2023, la société Domaine des Sens, représentée par Me Petit, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des articles L.600-5 ou L.600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à la condamnation solidaire des requérants à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet et 28 septembre 2023, la commune d'Annecy, représentée par Me Gaucher, conclut au rejet de la requête et, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre principal à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 3 000 euros et à titre subsidiaire s'il était fait droit à la requête à la condamnation de la société Domaine des Sens à lui verser la somme de 6 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gras, substituant Me Le Dantec, représentant les requérants et de Me Gaucher, représentant la commune d'Annecy.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 octobre 2022, le maire de la commune d'Annecy a délivré à la société Domaine des Sens un permis de construire un ensemble immobilier de 14 maisons individuelles avec piscines et un immeuble collectif de 6 logements sociaux sur le terrain situé chemin du Charney et cadastré section 011BD n°147, 2p et 92p. Par un courrier reçu en mairie le 23 janvier 2023, M. et Mme D ont formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté, qui a été tacitement rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Mme A E, adjointe au maire, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du maire d'Annecy en date du 13 avril 2022, régulièrement affiché en mairie le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du plan local d'urbanisme :

3. En premier lieu, les requérants font état des caractéristiques du terrain d'assiette favorables à son exploitation agricole, s'agissant d'un terrain de 2 hectares actuellement cultivé et qui jouxte un espace boisé et une surface agricole plus vaste au nord. Toutefois, ils ne prétendent ni n'établissent que ces terres seraient nécessaires aux activités agricoles à l'échelle du territoire communal. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le plan local d'urbanisme méconnait l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme en ce qu'il classe le secteur de Provins, auquel appartient le terrain d'assiette, en zone 1AU.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la rue du Pré Seugy, ainsi que les réseaux publics, dont il n'est pas contesté qu'ils disposent d'une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de la zone à urbaniser, existent à proximité immédiate de la zone 1AU3*. Dans ces conditions, le classement du secteur de Provins en zone 1AU ne repose pas sur des faits matériellement inexacts et le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme doit être écartée.

En ce qui concerne la complétude du dossier de demande de permis :

5. Aux termes de l'article R.431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant: / 1o L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants;/ 2o Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet:/ a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé;/ b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants;/ c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain; () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " A ceux de l'article R.431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu./ Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement./ Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. () " L'article R.431-10 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également: () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain; () " L'article R.431-16-1 du même code dispose : " Lorsque la demande de permis de construire porte sur des constructions situées dans un emplacement réservé à la réalisation d'un programme de logements en application du 4o de l'article L. 151-41 ou dans un secteur délimité en application de l'article L. 123-2 dans sa rédaction antérieure à la loi no 2009-323 du 25 mars 2009 ou en application de l'article L. 151-15, le dossier de la demande est complété par un tableau indiquant surface de plancher des logements créés correspondant aux catégories de logements dont la construction sur le terrain est imposée par le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu. "

6. En l'espèce, la notice du projet, très précise et complétée par une notice paysage, répond aux exigences de l'article R.431-8 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, le plan de masse niveaux et altitudes, coté en trois dimensions, permet de connaitre la hauteur des constructions. Le plan de masse implantation précise les dimensions des bâtiments et les retraits ; le plan de masse spécifique aux réseaux PC02-VRD explicite les réseaux, et la demande de permis de construire mentionne la création d'une voie privée entre la route de Thônes et le lotissement conformément aux dispositions de l'article R.431-9 du code de l'urbanisme. L'argument des requérants selon lequel les documents transmis ne sont pas à l'échelle indiquée dans le cartouche est trop imprécis pour pouvoir en apprécier le bien-fondé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les vues en insertion minimisent le volume et l'impact des constructions et, en tout état de cause, la hauteur et le volume des constructions sont précisés dans les autres pièces du dossier. Le projet, qui a donné lieu à un contrat de louage d'ouvrage avant le 1er octobre 2021 et dont la demande de permis de construire a été déposée avant le 1er septembre 2022, n'est pas soumis à la réglementation thermique 2020 en application de l'article R.172-1 du code de la construction et de l'habitation. Enfin, le tableau mentionnant la surface totale allouée aux logements sociaux est complété par les plans du bâtiment collectif qui spécifient la surface de chacun d'eux. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de l'incomplétude de la demande de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la servitude de mixité sociale :

7. Aux termes de l'article 2.1AU du règlement du plan local d'urbanisme : " Au sein du ou des secteurs délimités au document graphique au titre de l'article L. 123-1 16° du code de l'urbanisme, le pourcentage des programmes de logements réalisés devant être affecté à des catégories de logements définis dans le respect des objectifs de mixité sociale est le suivant : () - dans le secteur 1AU3 situé à Provins : 20 % de logements locatifs aidés. "

8. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet appartient au secteur 1AU3 situé à Provins, soumis à une servitude de mixité sociale. Le projet porte sur la réalisation de 20 logements dont 6 sont à vocation sociale. La part de logements locatifs aidés est donc de 30%, soit supérieure au minimum requis par l'article 2.1AU du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'accès et la voirie :

9. D'une part aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". D'autre part, à ceux de l'article 3.1AU du règlement du plan local d'urbanisme : " 3.1 - Dispositions concernant les accès : Les occupations et utilisations du sol sont refusées sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles envisagé, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, des engins de déneigement et des engins d'enlèvement des ordures ménagères./ Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a pour effet la création d'un accès nouveau ou la modification des conditions d'utilisation d'un accès existant à une voie publique, son bénéficiaire doit préalablement à l'exécution des travaux obtenir une autorisation d'accès, précisant notamment les caractéristiques techniques nécessaires eu égard aux exigences de sécurité routière. Cette prescription est également valable lorsque les modifications des conditions d'utilisation d'un accès, ou la création d'un accès, n'impliquent pas une autorisation d'urbanisme. () 3.2 - Dispositions concernant la voirie : Les voies nouvelles ouvertes à la circulation automobile publique doivent avoir des caractéristiques adaptées aux usages quelles supportent. / En tout état de cause, elles ne peuvent comporter une largeur de plateforme inférieure à 5 mètres. / Les voies se terminant en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules, notamment d'incendie et de secours, puissent faire aisément demi-tour. "

10. En premier lieu, l'absence d'autorisation d'accès prévue au 4ème alinéa de l'article 3.1AU du règlement du plan local d'urbanisme, qui doit être obtenue avant les travaux, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

11. En deuxième lieu, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les voies internes au projet ne permettent pas la circulation et le retournement des véhicules d'incendie et de secours en application des articles 3.1 et 3.2 qui s'appliquent respectivement aux voies de desserte du tènement et aux voies nouvelles ouvertes à la circulation publique. En tout état de cause, les voies internes, dont la largeur est supérieure à quatre mètres et qui présentent quatre aires de retournement, ne méconnaissent pas ces articles du plan local d'urbanisme.

12. En troisième lieu, le permis de construire contesté a été délivré sous la condition que la bénéficiaire produise, au plus tard au dépôt de la déclaration d'ouverture de chantier, l'acte authentique de servitude de passage permettant un accès d'une largeur minimale de 5,30 mètres dont 1,20 mètre au minimum libre de tout obstacle réservé au cheminement extérieur des piétons, comprises les personnes handicapées, depuis la route de Thônes jusqu'au terrain d'assiette du projet. Tout d'abord, le permis contesté pouvait être assorti d'une telle réserve, dès lors que la création d'une servitude de passage entraine seulement une modification portant sur un point précis et limité qui ne nécessite pas la présentation d'un nouveau projet. Ensuite, les requérants ne prétendent et ne démontrent pas que cette prescription serait inutile ou insuffisante à garantir la sécurité de l'accès au tènement mais ils se prévalent de son caractère irréalisable. Toutefois, au regard de l'existence d'une autre voie privée d'accès à des maisons voisines, sur les parcelles cadastrées n°154, 155, 127 et 128, qui jouxte le chemin existant sur la parcelle anciennement cadastrée n°86 et en l'absence d'élément permettant d'affirmer que la mutualisation de ces deux accès ne permettrait pas de respecter les largeurs mentionnées dans la prescription, son caractère réalisable n'est pas contredit par les pièces du dossier. Enfin, il ne ressort pas des écritures de la bénéficiaire qu'elle n'a pas l'intention de respecter la prescription alors au contraire qu'elle explique que la société Provins, déjà propriétaire de la parcelle caadastrée n°86, est en cours de régularisation d'un accord pour l'acquisition de l'intégralité de la voie appartenant aux propriétaires privés voisins.

13. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.1AU et de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la desserte par les réseaux :

14. Aux termes de l'article 4.1AU du plan local d'urbanisme, relatif à la desserte par les réseaux : " 4.0 - Alimentation en eau potable : Toute construction à usage d'habitation () doit être raccordée au réseau public de distribution d'eau potable par une conduite de caractéristiques suffisantes. () 4.1- Assainissement : Toute construction occasionnant des rejets d'eaux usées doit être raccordée au réseau public d'assainissement par un dispositif d'évacuation de type séparatif et efficace, conforme aux recommandations techniques prescrites en application des annexes sanitaires du PLU.. () 4.2- occasionnant des rejets d'eaux usées doit être raccordée au réseau public d'assainissement par un dispositif d'évacuation de type séparatif et efficace, conforme aux recommandations techniques prescrites en application des annexes sanitaires du PLU. () ".

15. Les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, ces dispositions n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux pétitionnaires de justifier, dans leurs demandes d'autorisations d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer le raccordement aux réseaux publics des ouvrages projetés. Par suite, le moyen tiré de l'absence de servitude pour le passage des réseaux sur un chemin privé est inopérant. Quant au moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, il n'est pas fondé dès lors que le projet prévoit un raccordement aux réseaux publics.

En ce qui concerne l'implantation des constructions :

16. Aux termes de l'article 7.1AU du règlement du plan local d'urbanisme : " 7.0 - Généralités : Pour l'application des règles ci-après, le calcul se fera au nu de la façade, sans tenir compte de ses éléments de débords éventuels, tels que débords de toitures et tout ouvrage en saillie, à condition que leur profondeur par rapport à la façade ne dépasse pas 1,50 m, sauf dans le cas d'implantation de la construction en limite de propriété voisine./ 7.1 - Règles générales : La distance comptée horizontalement de tout point d'une construction au point le plus bas et le plus proche de la limite séparative doit être au moins égale : () dans les secteurs 1AU2 et 1AU3 : /- à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points (d )= h/2), sans pouvoir être inférieure à 3 m. () "

17. Il ressort des plans de coupes transversales PC3.1 et du plan de masse implantation PC2.1 que la villa n°6, dont la façade mesure 5,86 m en son point le plus haut, est implantée à 4,61 m de la limite séparative, de sorte que la distance minimale de 3 mètres qui trouve à s'appliquer est respectée. Il en est de même pour la villa n°9 qui est implantée à 4,80 m de la limite séparative alors que sa façade mesure 5,44 mètres en son point le plus haut. Par ailleurs, le projet, qui crée des haies au niveau des limites séparatives litigieuses, n'est pas incompatible avec l'orientation d'aménagement n°2 relative au secteur de Provins qui préconise, sur les limites avec les zones bâties et avec la zone agricole, de s'implanter à distance et de traiter qualitativement cette transition en principe par la constitution de haies champêtres. Le moyen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la hauteur des constructions :

18. Aux termes de l'article 10.1AU du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur maximale des constructions : " () Le gabarit maximal des constructions, sur sa façade la plus haute, ne doit pas excéder : () dans les secteurs 1AU3 :/- un rez-de-chaussée ou un rez-de-chaussée surélevé ou rez de jardin + 1 niveaux + comble ou attique*/ Modalités d'application :/La hauteur entre dalles finies ne pourra excéder 3 m, et pourra atteindre 4 m en cas d'activités ou d'équipements publics ou d'intérêt collectif en rez-de-chaussée./ Les combles et les attiques ne pourront permettre la réalisation que d'un seul niveau. () "

19. D'une part, la branche du moyen tirée de l'absence de rattachement des hauteurs à un référentiel vérifiable n'est pas suffisamment précise pour en apprécier le bien-fondé. D'autre part, il ressort des plans de coupes transversales des villas que la hauteur entre les dalles de chaque niveau est inférieure à 3 m, en conformité avec l'article 10.1AU du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de sa méconnaissance doit être écarté en ses deux branches.

En ce qui concerne l'aspect extérieur :

20. Aux termes de l'article 11.1AU : " () 11.2 - Aspect des façades : () Dans le cas de constructions à attique :/ - le retrait par rapport au nu de la façade n'est pas réglementé mais doit être appliqué sur l'ensemble des façades de la construction. / - La surface de l'attique ne doit pas dépasser les 3/4 du niveau concerné de la construction. () "

21. Il ressort de la pièce PCA3 consacrée à la surface des attiques que le retrait de l'attique des villas 5, 6, 9, 10 et 11 est opéré sur l'ensemble des façades et que leur surface ne dépasse pas les 3/4 du niveau concerné de la construction. La notice PC4 et le plan de masse implantation PC2.1, invoqués par les requérants, ne contredisent pas les données contenues dans la pièce PCA3. A ce titre, les cotes tirées du plan de masse implantation par les requérants pour calculer la surface de l'attique de la villa 6 ne correspondent pas au périmètre de celui-ci, de sorte que leur calcul n'est pas probant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles relatives à l'aspect extérieur des constructions doit être écarté.

En ce qui concerne le stationnement :

22. En premier lieu, aux termes de l'article 12.1AU du règlement du plan local d'urbanisme de la commune déléguée d'Annecy-le-Vieux : " () Concernant le stationnement des véhicules automobiles, il est exigé au minimum ()/ - dans les secteurs 1AU3 : 2 places par logement dont 1 couverte. Dans le cas d'une opération de plus de 4 logements ou de 4 lots : il sera réalisé également 1 place visiteur minimum par tranche de 4 logements ou de 4 lots. () Concernant le stationnement des deux-roues, il est exigé :/• pour les constructions à usage d'habitat collectif et de bureaux :/- un local spécifique, fermé et accessible de plein pied, correspondant au minimum à 2% de la SHON globale de la construction considérée./ 12.1 - Modalités d'application : Tout m² dépassant les multiples de la tranche de surface de vente ou de SHON précisée ci-dessus implique la réalisation d'une place entière. "

23. D'une part, il ressort du plan du niveau 0 du bâtiment collectif et de la notice qu'un local vélo de 14,26 m² est programmé, cette dimension étant sensiblement supérieure à la surface minimale de 7,77 m² requise par le règlement d'urbanisme compte tenu de la SHON de cette construction. Les requérants n'apportent pas d'élément de nature à établir que cette surface déclarée serait inexacte, de sorte que cette branche de leur moyen doit être écartée.

24. D'autre part, le projet comporte 16 places de stationnement pour le bâtiment collectif de six logements, soit plus que les deux places par logement et une place visiteur par tranche entamée de quatre logements requises par le règlement d'urbanisme. Toutefois, aucune de ces places n'est couverte en méconnaissance des exigences de ce texte. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le projet est illégal en ce qu'il ne prévoit pas une place couverte par logement du bâtiment collectif.

En ce qui concerne la collecte des déchets :

25. D'une part, les requérants ne peuvent utilement, pour contester le permis d'aménagement, se prévaloir de la méconnaissance du règlement de collecte des déchets ménagers qui n'est pas intégré au plan local d'urbanisme. D'autre part, le projet prévoit que le stockage des ordures ménagères et du tri sélectif sera réalisé à l'intérieur du programme dans un local d'ordure ménagère et que la présentation des ordures ménagères et du tri sélectif pour la collecte se fera sur la parcelle n°C002 par dépose des bacs amovibles par le gestionnaire du programme sur une plateforme aménagée d'une surface de 18m², qui est directement accessible, depuis la rue du Pré Seugy, au service de la ville en charge de la collecte. Pour garantir l'effectivité de ce système de collecte des déchets ménagers, le maire a assorti son autorisation de deux prescriptions, dont il n'est pas démontré qu'elles seraient irréalisables ou insuffisantes. Dans ces conditions, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, sur le fondement de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, en délivrant le permis de construire contesté.

Sur les conséquences de l'illégalité constatée :

26. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ".

27. Le vice tiré du non-respect de la couverture d'une partie des places de stationnement dédiées aux logements du bâtiment collectif n'affecte qu'une partie identifiable du projet qui peut être régularisé sans lui apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu en conséquence d'annuler l'arrêté du maire en tant seulement qu'il autorise un projet ne prévoyant pas que la moitié des places dédiées aux logements du bâtiment collectif seraient couvertes. Il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement le délai imparti à la société Domaine des Sens pour régulariser le projet.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne présentent pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par les défenderesses et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Annecy et de la société Domaine des Sens des sommes au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le maire de la commune d'Annecy a délivré à la société Domaine des Sens un permis de construire est annulé en tant qu'il autorise un projet ne prévoyant pas que la moitié des places dédiées aux logements du bâtiment collectif seraient couvertes et il est imparti à la société bénéficiaire un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour régulariser le projet.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de la commune d'Annecy et de la société Domaine des Sens présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D, à la société Domaine des Sens et à la commune d'Annecy.

Copie pour information en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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