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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302396

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302396

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantDIEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, M. B A, représenté par Me Dieye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer aux époux A des autorisations provisoires de séjour dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir et de procéder à un nouvel examen de leurs dossiers dans un délai de 30 jours à compter du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreurs de fait ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Vial-Pailler, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a entendu les observations de M. C, représentant le préfet de l'Isère.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 11 novembre 1998, de nationalité guinéenne, a déclaré être entré en France le 1er janvier 2020 sans apporter la preuve de la date et des conditions de son entrée sur le territoire français. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 mai 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 novembre 2022. Par un arrêté du 4 juillet 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un jugement du 1er février 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble a annulé l'article 3 fixant le pays de renvoi de l'arrêté du 4 juillet 2022 et rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. A. A la suite de ce jugement, le préfet de l'Isère a, aux termes de l'arrêté attaqué du 3 mars 2023, fixé qu'à l'expiration du délai de départ volontaire, M. A pourra être reconduit d'office à destination de l'Italie ou de tout autre pays où il est légalement admissible à l'exception de la Guinée.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

3. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent. Le préfet n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont le requérant entend se prévaloir. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

4. M. B A soutient que l'arrêté du 4 juillet 2022 comporte plusieurs erreurs sur son parcours puisqu'il n'est jamais passé par l'Espagne, mais par l'Italie et n'a donc jamais donné une fausse identité. Il soutient, également, que la plupart des éléments donnés par la préfecture de l'Isère dans cet arrêté et son mémoire en défense font référence à un autre étranger, sauf en ce qui concerne les membres de la famille du requérant et sa demande d'autorisation de travail. Toutefois, la légalité de l'arrêté du 4 juillet 2022 en tant qu'il a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours a été confirmée par le jugement susvisé du 1er février 2023. Ainsi que le rappelle le préfet de l'Isère dans son mémoire en défense, l'arrêté du 3 mars 2023, attaqué dans la présente instance, a été édicté suite au jugement n° 2208166 du 1er février 2023 annulant uniquement la décision fixant le pays de renvoi. En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 4 juillet 2022 obligeant M. A à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, le tribunal administratif a épuisé sa compétence. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'illégalité de l'arrêté en date du 4 juillet 2022 à l'appui de la contestation de l'arrêté attaqué du 3 mars 2023.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. M. A soutient que son épouse et lui-même sont parfaitement francophones et que le choix éducatif qu'ils engagent pour leurs enfants démontre également leur attachement aux valeurs de la République, qu'au regard des documents produits et de leur situation personnelle (présence en France depuis 3 ans), il est sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait formulé, avant l'intervention de la décision attaquée, une demande d'admission au séjour prévue par ces dispositions. Par suite, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni présenter de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A soutient que son épouse et lui-même sont francophones, qu'ils sont entrés en France le 30 décembre 2019, qu'il exerce une activité salariée, qu'il est actuellement engagé dans le cadre du dispositif contrat d'engagement jeune depuis le 29 décembre 2022 pour une durée de 12 mois minimum, qu'ils vivent en France avec leurs enfants nés respectivement en 2020 et 2021, que l'absence de titre de séjour constitue ainsi un frein à leurs projets professionnels et demeure impactant sur leur vie personnelle.

9. Toutefois, M. A ne vit en France que depuis trois ans alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans dans son pays d'origine, soit la majeure partie de sa vie. Il ne fait valoir aucun lien personnel et familial en France, en dehors de la présence de sa cellule familiale, dont le défaut lui serait préjudiciable. Ses deux enfants et son épouse ont également été déboutés de leurs demandes de protection internationale. Son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Italie où la famille dispose de la protection internationale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la scolarité de leurs enfants ne pourrait pas être poursuivie en Italie, pays dans lequel leurs parents bénéficient déjà d'un droit au séjour. Si M. A a exercé un emploi durant l'examen de sa demande d'asile, il ne bénéficie plus du droit de travailler en France à la suite du rejet de la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur. Il s'ensuit, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. A, que le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". La décision fixant le pays de destination exclut expressément la Guinée comme pays de renvoi eu égard à la protection subsidiaire dont bénéficient les époux A en Italie. M. A n'apporte aucun élément probant tendant à démontrer qu'il serait soumis à des risques personnels et réels de tortures ou traitements inhumains en cas de retour de retour en Italie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dieye et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le magistrat désigné,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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