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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302450

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302450

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, Mme E A, représentée par Me Lamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 14 novembre 2022, par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 9 de la convention franco sénégalaise ;

- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire enregistré le 1er juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive, et conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et le séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1.Mme D, ressortissante sénégalaise née le 4 avril 1991, est entrée régulièrement en France le 5 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour afin d'y poursuivre des études. Elle a ensuite bénéficié de titres de séjour sur la période allant du 4 septembre 2018 au 3 septembre 2020, mais n'a validé qu'une première année de licence informatique communication à l'issue de l'année universitaire 2018-2019. Le 6 octobre 2020, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en faisant valoir son inscription en première année de CAP Cuisine. Par l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

2.Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Enfin, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, applicable notamment devant les tribunaux administratifs : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter :

1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; () ".

3.Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022 a été présenté à Mme A le 21 ou le 23 novembre 2022 à l'adresse communiquée dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour et a été retourné aux services préfectoraux avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La notification de cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours. La requête présentée par Mme A tendant à l'annulation de cet arrêté n'a été enregistrée au greffe que le 17 avril 2023, soit après l'expiration du délai du recours contentieux. Le dépôt par l'intéressée d'une demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 23 février 2023 n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours dont le terme était dépassé depuis le 24 décembre 2022 au plus tard. La circonstance que cet arrêté lui ait ensuite été remis en main propre le 15 février 2023 est à cet égard sans incidence. Par suite, la requête présentée par Mme A est tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit, en conséquence, être accueillie.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Lamy.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. B et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302450

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