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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302453

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302453

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 19 avril, 12 mai, 7 juin et 13 juin 2023, M. C B, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", ou " salarié ", ou " travailleur temporaire " ou " artisan " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de fait, le préfet mentionnant une entrée en France en juin 2021 alors qu'il réside sur le territoire depuis 2006 ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 à L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat ;

- les observations de Me Marcel, représentant le requérant ;

- et les observations de Mme D, représentant le préfet de l'Isère.

Une note en délibérée du préfet de l'Isère, enregistrée le 15 juin 2023, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 26 septembre 1977, est entré en France en 2006 selon ses déclarations. Il est reparti en Côte d'Ivoire le 3 avril 2021 avant de revenir en France le 29 juin 2021 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 11 juin 2021 au 11 juin 2022. M. B a sollicité le 8 avril 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française et en sa qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué du 22 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé la délivrance du titre de séjour demandé par M. B, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les éléments de faits et de droit sur lesquelles elle repose. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'autorité administrative n'est pas tenue, en l'absence de disposition expresse en ce sens, d'examiner d'office si un étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une disposition ou stipulation qu'il n'a pas invoquée à l'appui de sa demande. En l'espèce, M. B qui a demandé le renouvèlement de son titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ou en qualité de salarié n'a pas demandé la délivrance d'un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa situation au regard de ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dernières dispositions ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, si M. B se prévaut d'une présence en France depuis bientôt quinze ans, de sa signature récente d'un contrat d'intégration républicaine et de sa parfaite intégration notamment professionnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette durée de présence est liée à son maintien sans titre sur le territoire, à l'exception de l'année durant laquelle il a bénéficié d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. L'intégration professionnelle dont il se prévaut concerne la seule année 2022 et ne présente pas de caractère de stabilité et de durée. S'il a été marié, il est désormais séparé de son épouse suite aux violences qu'il a exercé sur elle et sur ses enfants et pour lesquelles il a été condamné. Ces circonstances ne permettent pas d'établir l'existence d'une intégration particulière dans la société française. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été édictée et méconnaitrait de ce fait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En cinquième lieu, l'erreur de fait concernant la présence de l'intéressé depuis moins d'une année mentionnée dans l'arrêté est sans incidence sur la légalité de ce dernier dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'eu égard aux circonstances exposées au point précédent, le préfet aurait pris la même décision en l'absence de cette circonstance.

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail () ".

8. Il résulte de ces dispositions que, contrairement à ce que soutient M. B, si la détention d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français l'autorise à travailler, il devait détenir une autorisation de travail pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". Dans ces conditions, en refusant la délivrance du titre de séjour " salarié " au motif que M. B n'était pas en mesure de présenter un contrat de travail visé par l'autorité administrative, le préfet n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Eu égard à tout ce qui a été exposé ci-dessus, M. B n'est pas au nombre des étrangers pouvant bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Ainsi, le préfet de l'Isère n'avait pas à consulter la commission du titre de séjour et le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

13. Si M. B fait valoir qu'il a tout mis en œuvre afin de s'intégrer en France et qu'il n'a aucune perspective en Côte d'Ivoire, ces éléments ne sont pas de nature à entacher la décision fixant le pays dont il a la nationalité comme pays de destination d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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