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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302487

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302487

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. A B, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard après la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité administrative incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol, première conseillère ;

- Me Borges de Deus Correia, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né 1er janvier 1968, déclare être entré en France le 5 janvier 2009. Il a formé une première demande en qualité d'étranger malade, rejetée par arrêté du 6 avril 2010 dont la légalité a été confirmée par ce tribunal et la Cour administrative d'appel de Lyon. Le 23 mai 2016, il a formé une nouvelle demande de titre sur le même fondement qui a été rejetée le 9 janvier 2017 dont la légalité a été confirmée tant par le tribunal administratif que par la Cour administrative d'appel de Lyon. Le 16 février 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. M. B ne conteste pas que la décision du 1er décembre 2022 lui a été notifiée le 7 décembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 16 décembre 2022, soit dans le délai de recours. La décision du bureau d'aide juridictionnelle a été rendue le 3 avril 2023. Dans ces circonstances, la requête déposée le 20 avril 2023 par M. B n'était pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Isère doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. M. B établit avoir déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de ses années de présence en France, devant être analysée comme une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il établit par les pièces justificatives versées, eu égard à leur variété, leur régularité et leur valeur probante, résider en France depuis plus de dix ans. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que le préfet de l'Isère était tenu de consulter la commission du titre de séjour sur sa demande d'admission au séjour. L'absence de saisine de cette commission ayant privé M. B d'une garantie, celui-ci est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet de l'Isère délivre à M. B une carte de séjour. Toutefois, il implique nécessairement qu'il réexamine, après avoir saisi la commission du titre de séjour, la demande du requérant et qu'il procède à la suppression de son signalement dans le fichier Schengen. Il y a lieu de prescrire, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, qu'il y soit procédé dans le délai respectif de trois mois et 48 heures à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 1er décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen du dossier de M. B après consultation de la commission du titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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