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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302502

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302502

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302502
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. A B, représenté par Me Kummer, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- de suspendre l'exécution de la décision du 22 février 2023 par laquelle le directeur des ressources humaines de Grenoble Alpes Métropole a prolongé sa suspension de fonctions à compter du 7 mars 2022 et a décidé d'interrompre le versement de ses primes et indemnités à compter de cette même date ;

- d'enjoindre à la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole de le réintégrer

dans l'emploi qu'il occupait avant que la suspension de fonctions n'intervienne, ce dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;

- d'enjoindre à la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole de lui verser son entier traitement ;

- de condamner la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole à lui verser la somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La condition d'urgence est remplie ; la décision de prolongation de suspension produit des conséquences financières impactant sa situation personnelle : il est privé de son emploi et perd la moitié de son traitement ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : la décision est entachée d'un vice de procédure ; les droits de la defense n'ont pas été respectés ; le droit à être entendu a été méconnu ; les articles L . 531-1 à L. 531-5 du code général de la fonction publique ont été méconnus ; la décision repose sur une inexactitude matérielle des faits et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; la décision est entachée d'erreur de fait en l'absence d'autorité de chose jugée au pénal; la décision méconnaît le principe de la présomption d'innocence rappelé par l'article 6-2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'article L 531-1 susvisé met à la charge de l'employeur une obligation de rechercher un reclassement provisoire ad hoc, avant la mise en éloignement de toutes fonctions, au-delà de quatre mois de suspension ; il n'y a jamais eu aucune interdiction pénale d'exercice de ses fonctions durant la procédure d'instruction ; l'infraction n'a aucun lien avec les fonctions de l'agent ; l'aide à l'entrée au séjour et à la circulation irrégulière n'a rien à voir avec " un réseau d'immigration clandestine exploitant des sans-papiers ; la retenue de traitement est facultative et modulable ; l'autorité territoriale doit tenir compte des charges pesant sur l'agent et des conséquences qu'a la retenue de traitement sur sa situation personnelle ; la communauté d'agglomération ne motive aucunement sa décision sur ce point et n'a pas sollicité son agent concernant sa situation personnelle et financière ; sa décision se trouve entachée d'un défaut de motivation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit.

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique [] ". Enfin aux termes de l'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". Aux termes de son article L. 531-2 : " Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. Le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites pénales est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai sauf si les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service y font obstacle. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 que si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu, celui-ci est rétabli dans ses fonctions, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales. Un fonctionnaire doit pour l'application de ces dispositions être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte.

5. Pour justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision du 22 février 2023 par laquelle le directeur des ressources humaine de Grenoble Alpes Métropole a prolongé sa suspension de fonctions à compter du 7 mars 2022 et a décidé d'interrompre le versement de ses primes et indemnités à compter de cette même date, M. B fait valoir que la décision de prolongation de suspension produit des conséquences financières importantes dans sa situation personnelle puisqu'il est privé de son emploi et de la moitié de son traitement, que le couple doit faire face à des charges dont un crédit immobilier. Il fait, également, valoir que la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole ne peut fonder sa suspension conservatoire sur la décision du tribunal correctionnel du 17 décembre 2021 dès lors que ce jugement a fait l'objet d'un appel et, qu'ainsi, l'autorité de chose jugée ne peut s'attacher à une décision frappée d'appel.

6. Toutefois, aux termes du premier alinéa de l'article 6 du code de procédure pénale : " L'action publique pour l'application de la peine s'éteint par la mort du prévenu, la prescription, l'amnistie, l'abrogation de la loi pénale et la chose jugée ". Tel n'est pas le cas lorsqu'un jugement pénal est frappé d'appel. Il ressort des declarations du requérant qu'il a été interjeté appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon, de sorte que l'action publique n'est pas éteinte et que M. B faisait toujours l'objet de poursuites pénales au sens des dispositions de l'article L. 531-2 du code général de la fonction publique telles qu'explicitées au point 4.

7. En deuxième lieu, la mesure provisoire de suspension prévue par ces dispositions législatives ne présente pas par elle-même un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave. La contestation par un fonctionnaire d'une mesure conservatoire de suspension n'est relative ni à un droit ou une obligation de caractère civil, ni au bien-fondé d'une accusation en matière pénale.

8. La décision, dont la suspension est demandée par M. B a uniquement pour effet d'interrompre le versement de ses primes et indemnités à compter du 7 mars 2022. Cette mesure, qui présente un caractère purement conservatoire, ne le prive pas du versement de son traitement. Par ailleurs, aux termes de l'arrêté contesté, la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole a prolongé la suspension de fonctions de M. B à titre conservatoire à compter du 1er mars 2023 aux motifs, notamment, qu'il avait été condamné le 17 décembre 2021 à deux ans d'emprisonnement dont un ferme pour aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'un étranger en France, en bande organisée. M. B a été reconnu gérant de fait du restaurant Work Asia dans lequel avaient été employées des personnes en situation irrégulière. Alors même que M. B est employé au sein de la communauté d'agglomération dans un emploi de catégorie B, ces faits commis en dehors de ses fonctions ont fait l'objet d'une large publicité dans les médias. Ils seraient incompatibles, s'ils étaient confirmés en appel, avec l'exercice d'une fonction publique, et ils portent atteinte à la réputation de l'administration. Au regard de la nature des faits reprochés à M. B et à raison desquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon, à leur caractère de vraisemblance, les inconvénients de la suspension de M. B, notamment la perte de ses primes, doivent être mis en balance avec l'intérêt qui s'attache au bon fonctionnement du service ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 531-2 du code général de la fonction publique. Ainsi, la situation ne présente pas de caractère d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner si le requérant fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision, de rejeter la demande de suspension, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole.

Fait à Grenoble, le 24 avril 2023.

Le juge des référés,

Claude C

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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