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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302590

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302590

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 avril et le 28 juin 2023, M. A B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 12 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire ;

- d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour : est insuffisamment motivée ; viole l'article 6 5° de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français : est insuffisamment motivée ; viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sera annulée en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination : est insuffisamment motivée ; viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sera annulée en conséquence de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les observations de Me Cans représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1981, est entré en France le 4 avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et a sollicité l'asile. Après le rejet de sa demande par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 octobre 2018, confirmée le 31 janvier 2019 par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire par un arrêté du 25 août 2020. Le 6 janvier 2022, M. B a demandé un titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué du 12 février 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. L'arrêté du 12 février 2022 comporte les motifs de droit et les éléments de fait sur lesquels il est fondé, et mentionne le pays à destination duquel M. B pourra être reconduit d'office. Il est ainsi suffisamment motivé.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B a épousé le 7 août 2021 une compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien valable dix ans et, par suite, n'entre pas dans le champ des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien citées au point précédent qui concernent les ressortissants algériens ne pouvant bénéficier du regroupement familial. Âgé de quarante ans à la date de l'arrêté, il se maintient irrégulièrement sur le territoire malgré une première mesure d'éloignement intervenue le 25 août 2020 et n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie, pays dont son épouse possède la nationalité et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige porte à son droit à une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation peuvent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 et qu'il n'y a pas lieu d'annuler la décision l'obligeant à quitter le territoire en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

6. Les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, il n'y a pas lieu d'annuler, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination. M. B dont la demande d'asile a été définitivement rejetée après examen par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, n'établit pas l'existence de risques pour sa vie en cas de retour dans son pays. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination violerait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cans et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme C, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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