jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2302591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2023, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire ;
- d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le refus de titre de séjour : viole l'article 9 de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 1er août 1995 ainsi que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français : est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ; viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république du Sénégal signé à Dakar le 1er août 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les observations de Me Huard représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
2. M. A, ressortissant sénégalais né en 1998, est entré régulièrement en France le 3 septembre 2017 afin d'y poursuivre ses études et a obtenu des titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'au 3 novembre 2022. Le 9 novembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en justifiant d'une inscription en troisième année de licence économie-gestion à l'université Grenoble Alpes. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours.
3. L'arrêté du 28 mars 2023 comporte les motifs de droit et les éléments de fait sur lesquels il est fondé. Le préfet qui n'était pas tenu de détailler dans sa décision de refus de titre de séjour les justificatifs produits par l'intéressé pour expliquer ses échecs universitaires, a suffisamment motivé son arrêté et procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.
4. Aux termes de l'article 4 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants sénégalais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi () Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Et aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".
5. Il résulte de ces stipulations que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études en France.
6. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise, il appartient à l'administration de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.
7. M. A inscrit en première année de licence en informatique à son entrée en France en 2017, n'a pas validé sa première année et s'est réorienté en première année de licence d'économie et de gestion qu'il a validée à l'issue de l'année universitaire 2018-2019. Il a validé sa deuxième année de licence en 2021 après avoir été ajourné à l'issue de l'année universitaire 2019-2020. Inscrit en troisième année de licence depuis le mois de septembre 2021, il a été ajourné à l'issue de l'année universitaire 2021-2022 après avoir obtenu une moyenne de 2,576/20. Le certificat médical du 12 avril 2023 joint à son dossier ne permet pas de connaître la durée de ses interruptions scolaires pendant l'année 2021-2022 et leurs conséquences sur sa scolarité. S'il s'est inscrit dans un nouveau parcours de troisième année licence d'économie et gestion et se prévaut d'un contrat pédagogique conclu avec l'université Grenoble Alpes lui permettant de valider sa troisième année licence d'économie et gestion en deux ans, le requérant, qui poursuit ses études en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision, n'a pu valider que deux années de licence. Le contrat de travail conclu en mai 2022 à l'issue de cinq années d'études universitaires ne peut suffire à expliquer les échecs subis pas plus que les soins dentaires réalisés en décembre 2020 et janvier 2021, année au cours de laquelle il a passé ses examens avec succès. Par suite, en estimant que M. A ne justifiait pas d'une progression suffisante dans ses études et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. M. A a bénéficié depuis septembre 2017 de titres de séjour en qualité d'étudiant qui ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement en France. Il ne justifie d'aucune attache sur le territoire et il résulte de ce qui précède qu'il ne justifie pas de sérieux et d'une progression suffisante dans ses études. Il n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour.
9. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen par lequel l'illégalité du refus de titre de séjour entacherait d'illégalité la décision d'éloignement doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
10. M. A, âgé de vingt-quatre ans, ne justifie d'aucune famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches au Sénégal où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Son séjour en tant qu'étudiant ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement en France et les emplois exercés pendant ses études ont un caractère accessoire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire porterait à son droit à une vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 :La requête de M. A est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul et Mme C, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
Le rapporteur,
C. Bailleul
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026