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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302683

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302683

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 sous le numéro 2302683, M. C E, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 27 avril 2023, par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;:

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

II. Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 sous le numéro 2302684, M. C E, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 27 avril 2023, par lequel la préfète de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation deux fois par semaine au commissariat de police de Valence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

-le formulaire prévu par les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, composante du principe général du droit de l'Union européenne garantissant les droits de la défense et le droit à une bonne administration ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , son éloignement n'étant pas une perspective raisonnable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

III. I. Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 sous le numéro 2302685, Mme D A épouse E, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 27 avril 2023, par lequel la préfète de la Drôme l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;:

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.

IV. Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 sous le numéro 2302686, Mme D A épouse E, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 27 avril 2023, par lequel la préfète de la Drôme l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation deux fois par semaine au commissariat de police de Valence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

-le formulaire prévu par les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, composante du principe général du droit de l'Union européenne garantissant les droits de la défense et le droit à une bonne administration ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , son éloignement n'étant pas une perspective raisonnable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 mai 2023 à 14h00, le magistrat désigné a présenté son rapport, en l'absence des parties (mais en présence de Mme F, interprète en albanais).

La clôture de l'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à 14h01.

Considérant ce qui suit :

1.M. et Mme E, ressortissants albanais nés respectivement les 24 décembre 1972 et 29 mars 1973, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 26 juillet 2016, avec leur enfant mineur né en 2009. Ils ont sollicité le statut de réfugié qui leur a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 novembre 2016 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 mars 2017. Ils ont alors fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français par arrêtés préfectoraux du 11 mars 2017, qu'ils se sont abstenus d'exécuter. Après avoir sollicité en vain le réexamen de leur demande d'asile, ils ont déposé le 11 avril 2019 une demande de titre de séjour fondée sur l'état de santé de leur enfant. Ils se sont ensuite maintenus sur le territoire malgré le rejet de leur demande par arrêtés du 17 septembre 2019, assortis à nouveau d'une obligation de quitter le territoire français. Par les quatre arrêtés attaqués du 27 avril 2023, la préfète de la Drôme leur a pour la troisième fois fait obligation de quitter sans délai le territoire français, avec interdiction de retour pour une durée d'un an, et les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation deux fois par semaine au commissariat de police de Valence.

2.Les requêtes susvisées ont été présentées par un couple d'étranger, demandent à juger de questions identiques, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement des présents litiges, il y a lieu d'admettre M. et Mme E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4.En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme B Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Drôme du même jour. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des arrêtés manquent en fait et doivent être écartés.

5.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'articles L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()

9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". L'article L. 425-9 du même code dispose : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). "

6.Par un avis du 30 août 2019, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du jeune G E nécessitait une prise en charge médicale mais que l'absence de soins ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à produire trois certificats médicaux, dont deux datent de l'année 2020, et qui indiquent que l'état de santé de leur enfant, affecté d'un sévère retard de développement, nécessite des soins et un hébergement, les requérants n'apportent pas d'élément de nature à remettre en cause les énonciations de l'avis du collège de médecins de l'OFII, nonobstant son caractère relativement ancien. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en leur faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète de la Drôme aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8.En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, et alors que les requérants ne faisant en outre état d'aucune attache particulière en France malgré leur présence sur le territoire depuis l'année 2016, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie. Dans ces conditions, et compte tenu des buts de sa mesure, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale. Ils ne sont dès lors pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

Sur la légalité des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9.En premier, lieu, M. et Mme E ne sont pas fondés à se prévaloir par la voie de l'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

10.En second lieu, Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

11.Il est constant que M. et Mme E se sont abstenus d'exécuter les mesures d'éloignement dont ils avaient déjà fait l'objet en 2017 et 2019, ainsi qu'il a été rappelé au point 1. Dans ces conditions, et en application des dispositions précitées, la préfète de la Drôme pouvait légalement leur refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire en application des dispositions précitées. La circonstance que ces précédentes mesures d'éloignement n'aient pas fait l'objet d'une exécution d'office est à cet égard sans incidence.

Sur la légalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

12.En premier, lieu, M. et Mme E ne sont pas fondés à se prévaloir par la voie de l'exception de l'illégalité des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

13.En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14.Pour adopter une interdiction de retour de douze mois à l'encontre des requérants, la préfète de la Drôme, après avoir visé l'article L. 612-10 et rappelé la teneur des dispositions de l'article L. 612-6, s'est notamment fondée sur la circonstance que si leur comportement ne constituait pas une menace à l'ordre public, ces décisions ne méconnaissaient pas leur droit à une vie privée et familiale dès lors qu'ils n'établissaient pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Quel que soit le bien-fondé de ces motifs et leur adéquation par rapport aux critères d'appréciation énoncés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils permettaient aux intéressés de contester utilement les interdictions de retour qui leur ont été faites. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

15.Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 8, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour qu'elle a adoptée à leur encontre, les requérants ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire.

Sur la légalité des décisions portant assignation à résidence :

16.En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 4, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des actes doivent être écartés.

17.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

18.Il résulte de ces dispositions que la remise du formulaire relatif aux droits et obligations des étrangers assignés à résidence doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Ainsi, cette formalité peut être satisfaite postérieurement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence. Dès lors, l'absence d'information telle que prévue aux articles L. 732-7 et R. 732-5 précités ou l'irrégularité de cette information demeure sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux, laquelle s'apprécie à la date de son édiction et non pas de sa notification. Par suite, les moyens tirés de ce que le formulaire d'information relatif aux droits et obligations des personnes assignées à résidence n'aurait pas été remis aux requérants lors de la notification, doivent être écartés.

19.En troisième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

20.En l'espèce, M. et Mme E, qui ont au demeurant été reçus en entretien préalablement à l'édiction des mesures en litige qui ont été adoptées au terme de celui-ci, soutiennent ne pas avoir été en mesure de faire valoir leur situation personnelle, leur ancienneté sur le territoire français, et leur intégration en France. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, ces seuls éléments ne permettent pas de considérer que, s'ils avaient été portés à la connaissance de la préfète de la Drôme, celle-ci ne les aurait pas assignés à résidence. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que les décisions portant assignations à résidence sont intervenues en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doivent être écartés.

21.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

22.Il ressort des termes des arrêtés attaqués que pour adopter les décisions en litige portant assignation à résidence, la préfète de la Drôme, après avoir visé les dispositions applicables, s'est fondée sur le fait que M. et Mme E font l'objet de décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français pour l'exécution desquelles aucun délai de départ volontaire ne leur a été accordé. Elles satisfont ainsi à l'obligation de motivation résultant de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne peuvent être regardée comme entachée d'un défaut d'examen sérieux de leur situation.

23.En cinquième lieu, les circonstances que la préfète de la Drôme ne justifierait pas avoir accompli de diligences en vue d'organiser le départ des requérants préalablement à l'édiction des décisions les assignant à résidence, et que les autorités albanaises pourraient refuser le cas échéant de délivrer des laissez-passer consulaire, est sans incidence sur le fait que leur éloignement demeure, à la date d'adoption des décisions en litige, une perspective raisonnable.

24.Enfin, en se bornant à se prévaloir de l'état de santé de leur enfant, M. et Mme E n'apportent ce faisant aucun élément de nature à démontrer qu'en les obligeant à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Valence, la préfète de la Drôme aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

25.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes susvisées de M. et Mme E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E, à la préfète de la Drôme, ainsi qu'à Me Albertin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

Le magistrat désigné,

N. VILLARD

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2302683, 2302684, 2302685 et 2302686

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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