mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2302729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête enregistrée le 28 avril 2023 sous le n°2302729, Mme E C, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour sollicitée sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour cette même durée ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de leur délivrer un titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de leur délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont frappées de l'exception d'illégalité du refus du titre de séjour ;
- l'interdiction de retour est frappée de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2023.
II°) Par une requête enregistrée le 28 avril 2023 sous le n° 2302732, M. B D, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour sollicitée sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour cette même durée ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de leur délivrer un titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer leur situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de leur délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont frappées de l'exception d'illégalité du refus du titre de séjour ;
- l'interdiction de retour est frappée de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Par deux ordonnances du 3 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023, à midi.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a, au cours de l'audience publique du 6 juin 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Mathis, pour Mme C et M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C et M. D, de nationalité kosovare, déclarent être en France le 7 juillet 2021, accompagnés de leur fils, A. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 10 novembre 2021 par l'Office français de protection des étrangers et apatrides en procédure accélérée, décisions confirmées le 28 janvier 2022 par la Cour national du droit d'asile. Le 10 juin 2022, Mme C et M. D ont sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de l'état de santé de leur fils, A. Par deux arrêtés du 28 novembre 2022 dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Savoie a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination, les a interdits de retour sur le territoire pour une durée d'un an et les a informés qu'ils faisaient l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour cette même durée.
2. Les requêtes n°2302729 et n°2302732 présentées par un couple d'étrangers ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : "
Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.
5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Savoie s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), émis le 27 août 2022, indiquant que si l'état de santé de l'enfant A, âgé de deux ans à la date de la décision attaquée, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et son état lui permettait de voyager sans risque.
6. Il ressort à ce titre des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits par les requérants que l'enfant A souffre d'épilepsie, de multiples problèmes de neuro-développement dont des problèmes d'oralité, qu'il présente également des troubles alimentaires qui nécessitent une alimentation par gastrotomie et qu'il serait atteint d'une maladie métabolique en cours de diagnostic. Compte tenu de ses problèmes neurologiques et de son incapacité à avaler par lui-même les aliments, l'enfant est arrivé en France dans un état de dénutrition sévère. Il ressort également des pièces du dossier et des éclaircissements apportés à l'audience que cet enfant nécessite un accompagnement adéquat par une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé différents et qu'il doit recevoir, une fois par mois, des soins adaptés à son état au centre hospitalier de Chambéry.
7. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment des courriers médicaux qui, bien qu'ils soient postérieurs à la décision attaquée relèvent une situation antérieure, que les produits de nutrition entérale pris par l'enfant A ne sont pas disponibles au Kosovo, et il n'est pas établi par le préfet de la Savoie que des traitements similaires ou d'efficacité comparables le seraient également alors qu'ils sont pourtant indispensables à la bonne évolution de l'état de santé de l'enfant, comme l'a rappelé Me Mathis lors de l'audience publique. Il en va de même pour les traitements épileptiques qui lui ont été prescrits, et qui sont pris quotidiennement par l'enfant. Dans ces conditions, Mme C et M. D, qui établissent que leur fils ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé au Kosovo, sont fondés à soutenir que les refus d'autorisations provisoires de séjour qui leur ont été opposés méconnaissent les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte donc de ce qui précède, et sans qu'il ne soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les refus d'autorisations provisoires de séjour pris à l'encontre de Mme C et M. D doivent être annulés. Par voie de conséquence, les obligations de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de destination et l'interdiction de retour doivent l'être également.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La présente décision implique que le préfet de la Savoie délivre aux requérants une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme C et M. D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathis, avocat de Mme C et M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mathis de la somme de 1 300 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 28 novembre 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer à Mme C et M. D une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Mathis une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, M. B D, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Fourcade, premier conseiller,
Mme Frapolli première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le président - rapporteur,
J.P. WYSS
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau
I. FRAPOLLI
Le greffier
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 230273
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026