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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302734

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302734

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. A C, représenté par Me Gay demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pfauwadel, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence à statuer sur le requête, il y a lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

2. M. C, ressortissant nigérian né en 1998, soutient être entré en France le 15 décembre 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2021, confirmée le 31 janvier 2022 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mars 2023, la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

5. M. C, présent en France depuis trois ans et quatre mois à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie. S'il produit une attestation indiquant qu'il a suivi des cours de français, il ne justifie pas de l'existence de liens anciens, intenses et stables en France. Enfin, alors que l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir l'existence de risques en cas de retour au Nigéria faisant obstacle à la poursuite d'une vie familiale et privée normale. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et en dépit d'une promesse d'embauche, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de la prétendue illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du 23 mars 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, de même que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A C, à Me Gay et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le magistrat désigné,

T. Pfauwadel La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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