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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302898

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302898

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTABOUZI-JANOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Tabouzi-Janot, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de deux ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête n'est pas motivée ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bailleul, premier conseiller, pour statuer sur la requête.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- les observations de Me Tabouzi-Janot représentant M. B qui demande lors de l'audience l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère a assigné l'intéressé à résidence et soutient que :

-La décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, M. B ayant fait l'objet d'une seule condamnation en 2016 ; viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-La décision d'assignation à résidence est disproportionnée et méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- Mme C, interprète en langue roumaine, était présente.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né en octobre 1992, soutient être arrivé en France il y a trois ans. Il a été interpellé le 1er mai 2023 par les services de police de Bourgoin-Jallieu et entendu sur les faits de violences volontaires aggravées qui lui sont reprochés. Par l'arrêté attaqué du 2 mai 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de la Roumanie et a prononcé une interdiction de circulation d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " Selon l'article L. 251-3 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

4. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. M. B soutient qu'il travaille et cherche à s'intégrer depuis son entrée en France au cours de l'année 2020. Il a toutefois été placé en garde à vue le 1er mai 2023 pour des faits de violences volontaires aggravées par deux circonstances. Le 18 mars 2022, il a également été entendu pour des faits d'usage de produits de stupéfiants. Si le préfet ne justifie pas de condamnations ni de poursuites dans le cadre de ces deux procédures, M. B a été condamné le 28 avril 2016, lors d'un précédent séjour en France, à une peine de six mois de prison pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou d'un entrepôt. Il est hébergé chez un tiers et ne justifie d'aucune attache en France ni effort d'intégration. Il n'établit pas plus la durée de son séjour ni l'exercice d'une profession salariée. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point 3 en édictant la mesure d'éloignement en litige.

6. Âgé de trente ans, M. B vit seul en France sans être en mesure d'établir la durée de son séjour ni l'exercice d'une profession salariée, et il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il ne justifie pas d'une bonne intégration. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

8. M. B fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de la Roumanie, pays dont il possède la nationalité. Ainsi, la décision ne méconnaît pas les dispositions citées au point précédent.

9. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

10. L'arrêté du 2 mai 2023 oblige M. B à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Bourgoin-Jallieu, ville dans laquelle il réside. Les mesures ainsi prises par le préfet en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement n'apparaissent pas disproportionnées.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tabouzi-Janot et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le magistrat désigné,

C. BailleulLe greffier,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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