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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302910

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302910

mardi 25 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant le refus implicite de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération de modifier le classement de sa parcelle en zone Ne et de l’admettre au régime des STECAL. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions relatives au STECAL, la parcelle étant déjà classée en STECAL dans le PLUi. Sur le refus de modifier le zonage, il a estimé que la décision, concernant un acte réglementaire, n'avait pas à être motivée et que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'atteinte à la vie privée et familiale n'étaient pas fondés. La solution s'appuie sur les articles L. 151-13 et R. 151-24 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. C... A..., représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle la communauté d'agglomération Thonon Agglomération a refusé de modifier le classement en zone Ne de la parcelle cadastrée AK n°019 et de la faire bénéficier du régime des secteurs de taille et de capacité d’accueil limitées (STECAL) ;

2°) d’enjoindre à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération de procéder à la modification du classement de la parcelle cadastrée AK n°019 en STECAL, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la décision attaquée n’est pas motivée ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
elle porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et constitue en ce sens une discrimination.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, la communauté d'agglomération Thonon Agglomération, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête et demande qu’une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
les conclusions tendant à ce que la parcelle du requérant soit classée en STECAL sont irrecevables ;
les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 8 août 2024, la commune de Sciez, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et demande qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Naillon,
les conclusions de Mme B...,
et les observations de Me Arvis , représentant M. A..., de Me Leroy, représentant la communauté d'agglomération Thonon Agglomération et de Me Bensmaine, représentant la commune de Sciez.




Considérant ce qui suit :

Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération a approuvé le PLUi du Bas Chablais, qui a classé la parcelle cadastrée AK n°019 en zone Ne et en STECAL. Dans la version du PLUi issue de la dernière modification du 20 décembre 2022, le classement de cette parcelle est resté inchangé. Le 3 janvier 2023, M. A... a adressé à la communauté d’agglomération de Thonon Agglomération une demande de modification du classement en zone Ne de sa parcelle et son admission au bénéfice du régime des STECAL, qui a été implicitement rejetée.

Sur les conclusions à fin d’annulation du refus de classer la parcelle en STECAL :

Il ressort du document graphique et du règlement écrit du PLUi du Bas-Chablais que la zone Ne dont fait partie la parcelle du requérant est classée en STECAL. Par suite, les conclusions visant à annuler la décision implicite par laquelle le conseil communautaire de la communauté d’agglomération Thonon Agglomération a refusé de classer la parcelle du requérant en STECAL sont sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d’annulation du refus de modifier le classement en zone Ne :

En premier lieu, la décision par laquelle la communauté d’agglomération refuse d’initier la procédure devant conduire à la modification du zonage d’un PLUi n’a pas le caractère d’une décision individuelle défavorable dès lors qu’elle concerne un acte réglementaire. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée n’est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 151-13 du code de l'urbanisme, qui a remplacé l’ancien article L. 123-1-5 du même code : « Le règlement peut, à titre exceptionnel, délimiter dans les zones naturelles, agricoles ou forestières des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées dans lesquels peuvent être autorisés : / 1° Des constructions ; / 2° Des aires d'accueil et des terrains familiaux locatifs destinés à l'habitat des gens du voyage au sens de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ; / 3° Des résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs ».

Aux termes de l’article R. 151-24 du code de l'urbanisme : « Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ».

Il appartient aux auteurs d’un plan local d’urbanisme de déterminer le parti d’aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d’avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l’article R. 151-24 précité, un secteur qu’ils entendent soustraire, pour l’avenir, à l’urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu’au cas où elle serait entachée d’une erreur manifeste, fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d’un détournement de pouvoir.

D’une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle en litige, d’une superficie de 3 556 m², est entourée à l’Est par des parcelles classées en zone Ngv destinée à l’accueil des gens du voyage, et au sud par des parcelles classées en zone agricole. Elle intègre toutefois par le Nord et l’Ouest une vaste zone naturelle classée en zone Ne destinée à l’accueil d’installations sportives, de loisirs, ou d’intérêt collectif. Le requérant ne peut utilement se prévaloir du classement antérieur de sa parcelle dès lors que les auteurs du PLUi déterminent le parti d’aménagement du territoire pour l’avenir. Au demeurant, la parcelle du requérant était classée par le PLU antérieur, approuvé le 19 décembre 2017, en zone Nt, dont le règlement écrit autorisait uniquement les travaux, aménagements et installations liés au fonctionnement et au développement du port de la plage de Sciez-sur-Léman, et notamment les aires de stationnement ouvertes au public. Si le certificat d’urbanisme délivré le 31 janvier 2019 à M. A... est en contradiction avec le règlement du PLU approuvé le 19 décembre 2017, ce certificat d’urbanisme informatif n’a créé aucun droit à l’égard de M. A.... Dès lors, le classement antérieur de la parcelle en litige n’autorisait déjà pas l’installation d’habitations légères permanentes sur le terrain du requérant. Par ailleurs, s’il fournit une photographie aérienne non datée dans le but de démontrer que sa parcelle présente les mêmes caractéristiques que les parcelles voisines classées en zone Ngv, M. A... a fait l’objet d’un arrêté interruptif de travaux dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n°2106568, et fait l’objet de poursuites pénales pour la réalisation de travaux illégaux et l’aménagement irrégulier d’un terrain permettant l’installation de résidences mobiles constituant l’habitat permanent des gens du voyage. Dans ces conditions, la seule circonstance que le requérant se déclare appartenir à la communauté des gens du voyage n’est pas de nature à établir que la parcelle en litige aurait dû être classée en zone Ngv comme les parcelles voisines, alors que celles-ci présentent des caractéristiques différentes de la sienne.

D’autre part, il ressort du rapport de présentation du PLUi que les berges du Léman sont sujets à une forte affluence touristique, culturelle et nautique, en particulier en période estivale. Ainsi, si le classement en zone Ne de la parcelle en litige, qui se trouve non loin des berges, ne répond pas à tous les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il répond au moins aux axes visant à « tenir compte des besoins particuliers liés à la fréquentation touristique sans surdimensionner les ouvrages pour les périodes de pointes touristiques » prévu par l’objectif n°11, « créer, optimiser et mutualiser les équipements structurants du littoral » prévu par l’objectif n°33, et « organiser une intermodalité favorisant une meilleure accessibilité en terme de mobilité touristique » prévu par l’objectif n°34.

Enfin, le territoire couvert par le PLUi prévoit différentes zones classées en zone Ngv et Ngvs destinées à l’accueil des gens du voyage, dont le requérant ne conteste pas qu’elles sont en nombre et capacité d’accueil suffisants. Dès lors, le requérant, qui ne peut utilement invoquer la circulaire du 10 janvier 2022 du ministre de l’intérieur dépourvue de valeur règlementaire, n’est pas fondé à soutenir que le classement de sa parcelle en zone Ne méconnaît le schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage 2019-2025. Dès lors, le classement de la parcelle du requérant en zone Ne est donc justifié tant par ses caractéristiques que par le parti d’aménagement de la communauté d’agglomération. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation entachant ce classement doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

M. A... se borne à soutenir qu’en classant sa parcelle en zone Ne, la communauté d’agglomération tente de faire obstacle à ce qu’il occupe sa parcelle conformément au mode de vie des gens du voyage, sans toutefois l’établir. La décision en litige a uniquement pour objet de refuser de modifier le classement de la parcelle du requérant, alors qu’au demeurant la délibération du 25 février 2020 ayant initialement approuvé le classement en litige n’a pas fait l’objet de recours de la part du requérant. De plus, tel qu’il l’a été dit précédemment, le classement antérieur de la parcelle n’autorisait pas l’installation d’habitations légères permanentes sur le terrain du requérant, et le classement en zone Ne, approuvé par la délibération du 25 février 2020, est justifié tant par les caractéristiques de la parcelle que par le parti d’aménagement de la communauté d’agglomération. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi de déterminer le parti d’aménagement à venir.

En dernier lieu, il n’est pas établi que la parcelle de M. A... aurait fait l’objet d’un classement différent s’il n’avait pas appartenu à la communauté des gens du voyage. Par suite, en l’absence d’éléments contraires apportés par le requérant, le moyen tiré de la discrimination doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction.

Sur les conclusions à fin d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d’agglomération Thonon Agglomération, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Elles font également obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A... la somme demandée par la commune de Sciez, qui n’a pas la qualité de partie à l’instance.

Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de A... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté d’agglomération Thonon Agglomération et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
M. A... versera à la communauté d’agglomération Thonon Agglomération une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération et à la commune de Sciez.




Délibéré après l'audience du 10 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2025.



La rapporteure,

L. Naillon
Le président,

M. Sauveplane



La greffière,





C. Jasserand


La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.








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