vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2302927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CLDAA LIOCHON ET DURAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Mongelluzzo, représentée par Me Gonnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PA07419722A0003 du 10 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Nangy a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Nangy de lui délivrer le permis d'aménager sollicité dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de la commune de Nangy une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le motif opposé par la commune au refus, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme, est illégal ;
- la situation des lieux justifie une impossibilité technique justifiant une largeur de 5 m à l'entrée de la voie ; la largeur de 5 m est respectée du fait de la servitude accordée par les propriétaires de la parcelle 2630 ; la largeur de 5 m est maintenue sur toute la voie d'accès sauf sur une minuscule bande de 40 cm à l'intérieur du mur de protection du rond-point.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, la commune de Nangy, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que
- les moyens soulevés par la société Mongelluzzo ne sont pas fondés ;
- la commune est infondée à invoquer la dangerosité de l'accès dans le cadre d'une substitution de motifs sur le fondement des dispositions de l'article R111-2 du code de l'urbanisme.
Par ordonnance du 20 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2023.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Peyronnard, représentant la société Mongelluzzo, et de Me Montoya, représentant la commune de Nangy.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande du 7 décembre 2022, complétée le 10 janvier 2023, la société Mongelluzzo a demandé un permis d'aménager sur les parcelles situées rue de l'enclos, cadastrées section A n° 728, 2642 et 2644, classées en zone UC du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nangy. Par arrêté n° PA07419722A0003 du 10 mars 2023, le maire de la commune de Nangy a refusé le permis d'aménager.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Pour refuser le permis d'aménager, le maire de la commune de Nangy s'est fondé sur la circonstance que le projet prévoit une voie privée nouvelle de 4,59 m au lieu des 5 m exigés par l'article Uc3 du plan local d'urbanisme, sans qu'il soit justifié d'une impossibilité technique. Le maire a également relevé que le pétitionnaire intégrait la parcelle voisine n° 2645 pour obtenir une largeur de 5 m alors que cette parcelle n'appartenait pas au même tènement et que le pétitionnaire ne faisait valoir aucun droit sur cette parcelle. Il a relevé de surcroit que la présence d'un giratoire et d'un passage piéton à proximité immédiate de l'accès pourrait compromettre la sécurité des usagers notamment du fait de la circulation minimale de 6 véhicules, en raison d'un défaut de visibilité dû à la présence de masques visuels de part et d'autre de l'accès.
3. Aux termes de l'article Uc3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nangy : " Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a pour effet la création d'un nouvel accès à une voie publique ou à la modification des conditions d'utilisation d'un accès existant celui-ci peut être refusé s'il existe un danger en matière de sécurité. Toute autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol peut être subordonnée à la réalisation d'aménagements spécifiques qui rendent satisfaisantes les conditions de sécurité du raccordement de l'opération à la voie publique ; en tout état de cause sauf empêchement technique, la largeur des voies privées nouvelles ne peut être inférieure à 5 m de chaussée ; le raccordement donne accès privé à ou d'une voie privée à une voie publique présentera dans la mesure du possible une surface dégagée sur une longueur d'au moins 5 m à partir de la chaussée de la voie publique. "
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la largeur de la voie privée nouvelle prévue sur le tènement est de 5 m sur toute sa longueur et que la société requérante a obtenu des propriétaires de la parcelle voisine 2645 une servitude de passage de façon à élargir l'accès à la voie interne. Par suite, ces deux motifs sont erronés en fait et ne pouvaient légalement justifier le refus opposé à la société Mongelluzzo.
5. En outre, s'agissant de la dangerosité de l'accès, il ressort des pièces du dossier qu'il existe déjà sur la parcelle un accès à un garage, destiné à être démoli, et que le projet prévoit l'accès à la voie interne depuis la voie publique au même endroit. Par suite, le projet n'a pas pour effet de créer un nouvel accès à une voie publique, ni de modifier les conditions d'utilisation d'un accès existant. Dès lors, ce motif ne pouvait davantage justifier le refus opposé à la société Mongelluzzo.
6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour établir que la décision attaquée était légale, la commune demande que le motif tiré de la dangerosité de l'accès sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, soit substitué aux motifs initialement opposés à la société.
8. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
9. Il ressort des pièces du dossier que l'accès à la voie publique depuis la parcelle se situe à proximité immédiate d'un rond-point et d'un passage piéton. Dans la mesure où le passage piéton se situe immédiatement à gauche de la sortie, qu'il est parfaitement visible depuis l'accès à la parcelle, que les voitures ont nécessairement une vitesse très réduite en sortant de la parcelle, que le projet d'aménagement ne concerne que 2 lots destinés à recevoir 2 maisons individuelles et un trafic supplémentaire nécessairement restreint, l'accès ne présente aucune dangerosité. Par suite, ce motif ne peut pas davantage justifier le refus opposé à la société.
10. Il résulte de ce qui précède que la SAS Mongelluzzo est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023 du maire de la commune de Nangy.
Sur les conclusions d'injonction :
11. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " D'autre part, aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. ".
12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
13. L'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023 implique nécessairement d'enjoindre au maire de la commune de Nangy de délivrer dans un délai d'un mois le permis de permis d'aménager correspondant à la demande n° PA07419722A0003 déposée par la SAS Mongelluzzo le 7 décembre 2022 dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction ni que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdiraient de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé ni que par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y ferait obstacle. Il n'y a pas besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procédure :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
15. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Nangy, partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Mongelluzzo en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La SAS Mongelluzzo n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions de la commune de Nangy tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 10 mars 2023 est annulé.
Article 2 :Il est enjoint à la commune de Nangy de délivrer à la SAS Mongelluzzo le permis d'aménager n° PA07419722A0003 dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 :La commune de Nangy versera à la SAS Mongelluzzo la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Les conclusions de la commune de Nangy tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Mongelluzzo est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Mongelluzzo et à la commune de Nangy.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme B, première-conseillère,
- Mme A, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. B
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026