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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302949

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302949

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 mai 2023 et le 2 juin 2023, M. A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Le refus de titre

- est entaché d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Les décisions subséquentes doivent être annulées par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet,

- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,

- et les observations de Me Collange, représentant M. A.

1. M. A, ressortissant burkinabé, né en 1985, est entré, pour la dernière fois, en France en février 2023 sous couvert d'un visa court séjour valable du 15 janvier 2023 au 14 juillet 2023 en qualité de membre de la " famille d'un citoyen de l'Union européenne ". Le 20 juillet 2022, il a contracté mariage avec une ressortissante suisse. Il a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 31 mars 2023, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que le conjoint d'un citoyen de l'Union européenne a le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée de plus de trois mois, sous réserve que le ressortissant de l'Union européenne qu'il rejoint satisfasse à l'une des conditions, non cumulatives, énumérées à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

5. Pour fonder l'arrêté attaqué, la préfète de la Drôme a estimé que l'épouse du requérant, Mme B, ne justifiait d'aucune activité professionnelle et ne disposait pas de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale.

6. Mme B n'exerçait pas d'activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. Si le requérant fait valoir qu'elle a dû interrompre son emploi de vendangeuse en raison d'une grossesse, ce contrat, qui n'avait été conclu que pour un jour, présente un caractère marginal et accessoire. M. A indique que son épouse dispose de ressources suffisantes pour elle et sa famille mais il ressort de l'arrêté attaqué, sans que cela ne soit contesté, qu'elle perçoit l'allocation de solidarité spécifique depuis le 30 août 2019 et qu'elle vit également de prestations sociales versées par la caisse d'allocation familiale. Il se prévaut des revenus tirés par celle-ci de la location d'un bien en indivision mais ces sommes de l'ordre de 450 à 900 euros demeurent insuffisantes. Enfin, le compromis de vente de ce bien, signé le 25 mai 2023, pour un montant de 520 000 euros, est en toute hypothèse postérieur à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, M. A indique être entré pour la dernière fois en France en février 2023. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse et de leur enfant né en mai 2023, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Suisse. Dans ces conditions et quand bien même M. A dispose d'une promesse d'embauche, compte tenu de la durée de séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, y compris par voie de conséquence, des décisions de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par M. A sur le fondement de ces dispositions doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Gay et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente-rapporteure,

M. D et M. F, premiers conseillers

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2023.

La présidente-rapporteure,

A. TRIOLET

L'assesseur le plus ancien,

F. D La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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