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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302973

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302973

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302973
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSENEGAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mai 2023, la société BTP du Balcon Est, représentée par Me Mailly, demande au juge des référés en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2023 par laquelle l'Établissement Public Foncier Local du Dauphiné (EPFL Dauphiné) a rejeté son offre pour le marché de travaux dit " B et désamiantage d'un bâtiment industriel " ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'EPFL du Dauphiné de reprendre la procédure au stade de la sélection des offres et de respecter ses obligations de mise en concurrence et à titre subsidiaire, d'annuler l'entière procédure de consultation ;

3°) de mettre à la charge de l'Établissement public foncier local du Dauphiné une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- l'EPFL a dénaturé son offre concernant le sous-critère technique " Implantation et organisation du chantier " ;

- le sous-critère technique " Implantation et organisation du chantier " est insuffisamment précis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, l'Établissement public foncier local du Dauphiné (EPFL), représenté par Me Senegas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mise à la charge de la société BTP du Balcon Est la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EPFL du Dauphiné soutient que le groupement attributaire a tenu compte, dans son offre, de l'exiguïté du site et des chantiers d'envergure à proximité en ne bloquant pas le double sens de circulation et en prévoyant de réserver des places de stationnement pour limiter l'empiétement sur la chaussée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Mailly, représentant la société BTP Balcon Est, qui soulève à l'audience un moyen nouveau tiré du caractère irrégulier de l'offre du groupement attributaire qui propose, en méconnaissance des distances obligatoires de sécurité, une circulation des véhicules légers et des piétons en phase démolition ;

- les observations de Me Senegas, représentant l'EPFL du Dauphiné qui fait valoir que le maintien d'un double sens de circulation pendant toute la durée du chantier a été un élément déterminant dans l'évaluation de l'offre du groupement attributaire.

Une note en délibéré a été produite par la société BTP Balcon Est le 30 mai 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Lancé par un avis d'appel public à concurrence du 3 février 2023, le marché de déconstruction et désamiantage en litige prévoyait dans le règlement de consultation que les offres seraient évaluées sur deux critères : le prix à hauteur de 40 points et la valeur technique de 60. La valeur technique était évaluée au regard de quatre sous-critères : amiante sur 10 points, moyens matériel et humain sur 20, implantation et organisation du chantier (gestion de l'exigüité) sur 25 et planning sur 5. Par un courrier du 4 mai 2023, l'EPFL du Dauphiné a informé la société BTP du Balcon Est du rejet de son offre, classée en troisième position, avec une note de 69,46/100 contre 71,62/100 à l'attributaire, la différence entre ces candidats résultant de la note attribuée au sous-critère n°3 " implantation et organisation du chantier " où l'attributaire a reçu la note de 17/25 et la requérante de 5/25. Par la présente requête, la société BTP du Balcon Est, demande au juge des référés précontractuels de contraindre l'EPFL à reprendre la procédure au stade de la sélection des offres.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Il appartient au juge du référé précontractuel de se prononcer sur les manquements aux règles de publicité et de mise en concurrence incombant à l'acheteur, invoqués à l'occasion de la passation d'un contrat. Le juge du référé précontractuel recherche si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

En ce qui concerne la dénaturation de l'offre dans l'évaluation du sous-critère technique n°3 " Implantation et organisation du chantier " :

3. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

4. La société BTP Balcon Est fait valoir que son mémoire technique répondait aux exigences du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) notamment en termes de contraintes d'accès, d'installation de chantier, de gestion, conditionnement et valorisation des déchets de sorte que l'EPFL du Dauphiné a nécessairement dénaturé son offre en lui attribuant une note de 5 sur 25 à ce sous-critère n°3 " implantation et organisation du chantier (gestion de l'exigüité) ".

5. Questionné par la société BTP du Balcon Est en application de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique, l'EPFL a indiqué le 26 mai 2023 s'agissant de ce sous-critère que, durant la phase initiale de déconstruction, l'attributaire fermait la rue durant trois jours mais aux seuls véhicules lourds alors qu'elle prévoyait une fermeture totale de deux jours et que, durant le reste du chantier prévu sur douze semaines, l'attributaire réservait des places de stationnement pour maintenir une circulation à double sens alors qu'elle ne proposait qu'une circulation à sens unique. Il était ajouté que l'attributaire avait envisagé une solution limitant l'empiètement sur la chaussée, qui ne pouvait être révélée en raison du secret des affaires et qu'enfin, il avait détaillé avec précision la déconstruction sélective.

6. D'une part, il résulte du mémoire technique et des débats à l'audience que l'offre de la requérante n'a pas été dénaturée sur les questions de circulation. Elle fait valoir à l'audience que l'analyse des plans joints à son mémoire technique implique qu'elle proposait également de réserver les places de stationnement. Toutefois, aucune mention écrite ne vient clarifier ce point, seul le plan relatif à la première étape de la phase de démolition figurant un engin de chantier sur cette zone de stationnement. Au surplus et quand bien même elle aurait prévu de réserver lesdites places, aucune erreur n'a entaché l'analyse quant à la circulation qu'elle a proposée durant les diverses phases de travaux.

7. D'autre part, l'article 2.6 du CCTP indique que " les déchets des différentes catégories () seront stockées sur site séparément. Pour ce faire, des aires de stockage temporaire seront déterminées sur le chantier et les contenants dédiés seront clairement identifiés avant tout envoi vers les filières de traitement appropriées. L'Entreprise de travaux prendra soin de reporter les mesures qu'elle compte prendre à cette fin dans le SOGED [schéma d'organisation et de suivi de l'élimination des déchets de chantier] ". Cet article renvoie à l'arrêté du 29 janvier 2020 qui stipule que 70% des déchets inertes, hors terres et déblais, doivent être valorisés. Le CCTP demande que cette quantité soit présentée dans le dossier d'ouvrages exécutés, sous forme d'un tableau récapitulatif des bons de pesée, des destinations des déchets.

8. L'EPFL indique que la requérante a fourni moins de précisions sur ce point que le groupement attributaire qui a détaillé la déconstruction sélective. Ce faisant, l'EPFL n'a pas dénaturé l'offre de la société BTP du Balcon Est qui, après avoir distingué chaque type de déchet, hors amiante, tels que les équipements électriques, de plomberie, les faux plafonds, les cloisons, les revêtements de sol ou entre les portes et ouvrants précise leur mode de déconstruction et se borne ensuite à indiquer pour chacun " évacuation des déchets de démolition dans les bennes selon leur nature ".

9. Par suite et alors qu'il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de substituer sa propre appréciation des mérites des offres à celle du pouvoir adjudicateur, le moyen tiré de la dénaturation doit être écarté.

En ce qui concerne le caractère inacceptable de l'offre de l'attributaire en raison de la méconnaissance de normes de sécurité :

10. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ".

11. La société BTP Balcon Est soutient que l'offre du groupement attributaire est nécessairement inacceptable en ce qu'elle propose de maintenir une circulation des véhicules légers et des piétons en phase démolition. La requérante expose que les règles de l'art imposent une distance de sécurité par rapport à l'ouvrage à démolir de la moitié de sa hauteur, soit en l'espèce 4,45 mètres. La largeur totale de la rue étant de 8,66 mètres, il ne reste que 4,21 mètres occupés essentiellement voire exclusivement par l'engin de chantier. Ainsi, l'attributaire ne pourrait maintenir une circulation qu'au prix d'une méconnaissance des règles de sécurité.

12. Toutefois, l'EPFL précise à l'audience qu'en évoquant dans son courrier du 26 mai 2023, cité au point 5, une fermeture de trois jours aux seuls poids lourds, il n'indiquait pas que l'attributaire prévoyait une circulation des piétons mais seulement des véhicules légers. En outre, en se bornant à se référer, sans plus de précision, à deux documents d'une cinquantaine de pages qu'elle produit, à savoir l'instruction interministérielle sur la circulation routière du 22 octobre 1963 et les préconisations de la caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés en matière de prévention des accidents lors des travaux de démolition de bâtiments, la requérante n'établit pas la distance de sécurité minimale obligatoire pour les véhicules légers, ni la largeur minimale d'un engin de chantier adapté. Par suite, elle n'établit pas que l'offre de l'attributaire devait être écartée comme inacceptable en ce qu'elle méconnaîtrait des normes de sécurité obligatoires. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le caractère imprécis et subjectif du sous-critère n°3 " Implantation et organisation du chantier " :

13. La société BTP Balcon Est soutient que le sous-critère n°3 relatif à l'implantation et à l'organisation du chantier est illégal en raison de son caractère trop imprécis et de l'absence de développements spécifiques dans le CCTP.

14. Toutefois, il ressort du point 2.2 du CCTP relatif à l'installation du chantier que l'entreprise devait mettre en place sur le chantier diverses installations relatives aux locaux du personnel, aux installations sanitaires et électriques, à la signalétique et à la protection des ouvrages publics et privés au-delà de l'emprise du chantier. Une mention particulière indiquait la possibilité de réserver des places de stationnement en raison de l'exiguïté du chantier. En outre, le préambule de ce document indiquait que la réalisation de plusieurs chantiers d'envergure imposait un trafic important de poids lourds dans ce secteur. Dans ces circonstances et alors qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la société a pu répondre sur ce sous-critère, le moyen tiré de ce qu'il était imprécis doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société BTP Balcon Est à fin d'annulation partielle ou totale doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, que chacune des parties conserve la charge de ses propres dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société BTP du Balcon Est est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'EPFL Dauphiné au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société BTP du Balcon Est, à l'Établissement public foncier local du Dauphiné et aux sociétés Pelissard et Sud Est Minage.

Fait à Grenoble, le 5 juin 2023.

La juge des référés,La greffière,

A. AJ. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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