mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303000 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL MINIER MAUGENDRE & ASSOCIEES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée les 10 et 13 mai 2023, M. B A, représenté par Me Maugendre, du cabinet Minier Maugendre et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés, en date du 8 mai 2023, par lesquels le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
-elle est entachée d'incompétence ;
-elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu, composante du principe général du droit de l'Union européenne garantissant les droits de la défense et le droit à une bonne administration ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
-elle est entachée d'incompétence ;
-elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
-elle est entachée d'incompétence ;
-elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est entachée d'incompétence ;
-elle est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
-elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.
Par un mémoire enregistré le 12 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à M. C les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 mai 2023 à 14h, le magistrat désigné a présenté son rapport, entendu les observations de Me Maugendre substituée par Me Ghanassia, qui a notamment demandé à ce qu'il enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. A s'il était fait droit à ses conclusions à fin d'annulation, et a constaté l'absence du représentant du préfet de l'Isère.
La clôture de l'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à 14h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 4 juin 2001, déclare être entré régulièrement en France le 10 août 2017, alors qu'il était mineur, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention étudiant valable du 26 juin 2020 au 25 juin 2021. Le 8 mai 2023, il a été interpellé au volant de son véhicule alors qu'il conduisait un téléphone à la main. Par sa requête, il demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du même jour par lesquels le préfet de l'Isère l'a notamment obligé à quitter sans délai le territoire français et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la légalité de l'arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 10 août 2017 à l'âge de seize ans et y réside maintenant depuis presque six années. Il a obtenu en juillet 2020 un certificat d'aptitude professionnel au métier d'électricien, et occupe depuis le 31 janvier 2022 un emploi à temps plein d'électricien au sein de la société MRT Energie, avec qui il a conclu le 26 septembre 2022 un contrat à durée indéterminée, dans le cadre d'une activité de sous-traitance avec les sociétés Orange et Free. De plus, il fait valoir que l'essentiel de ses attaches familiales se trouvent désormais en France, où résident sa sœur, qui dispose de la nationalité française, et surtout son frère, qui y résident régulièrement sous couvert d'une carte de résident avec son épouse, et à qui il avait été confié durant sa minorité par son père par un acte du 8 mai 2018, sa mère étant par ailleurs décédée le 30 mai 2019. S'il peut certes lui être reproché de s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire national sans avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour, qui était expiré depuis le 26 juin 2021, et d'avoir exercé son emploi sans autorisation de travail, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard aux caractéristiques de son contrat, il n'aurait pu obtenir le visa des autorités compétentes si son employeur en avait fait la demande. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de son âge, de son parcours, et de l'intensité de ses attaches familiales en France par rapport à celles conservées dans son pays d'origine, et sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à l'encontre de son employeur et du fait que ce dernier doive s'acquitter de la contribution spéciale, prévue à l'article L.8253-1 du Code du travail du fait de l'emploi, en cas d'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, le préfet de l'Isère a porté, compte tenu des buts de sa mesure, une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la décision portant obligation de quitter le territoire français de séjour contenue dans le premier arrêté attaqué du l'Isère du 8 mai 2023 doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent l'être également les décisions subséquentes contenues dans le même arrêté, ainsi que le second arrêté attaqué du même jour portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. Les annulations prononcées par le présent jugement impliquent que le préfet compétent délivre à M. A une autorisation provisoire de séjour et réexamine sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés susvisés du préfet de l'Isère sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet compétent de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et d'examiner à nouveau sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Isère, au préfet du Val de Marne, ainsi qu'à Me Maugendre.
Copie en sera adressée à la brigade de gendarmerie de Pont de Claix
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le magistrat désigné,
N. CLa greffière,
V. BARNIER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303000
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026