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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303039

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303039

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP SAILLET & BOZON AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, M. A B, représenté par la SCP Saillet Bozon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 13 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un point de son permis de conduire suite à une infraction du 30 juin 2022, lui a renotifié les 19 retraits de points précédents et l'a informé de ce que son permis de conduire était nul faute de points ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle concerne les infractions commises les 21 juillet 2015, 3 janvier 2017, 28 mai 2017, 13 juin 2018 et 20 juillet 2019 ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis une série d'infraction au code de la route les 7 avril 2012, 9 août 2012, 28 février 2014, 21 juillet 2015, 3 janvier 2017, 28 mai 2017, 13 juin 2018, 29 avril 2019, 2 mai 2019, 7 juin 2019, 20 juillet 2019, 20 mars 2021, 12 mai 2021, 14 septembre 2021, 9 novembre 2021, 15 janvier 2022, 8 mars 2022, 12 avril 2022, 15 avril 2022 et 30 juin 2022. Par une décision " 48SI " du 13 mars 2023, le ministre de l'intérieur, après avoir retiré un point en conséquence de l'infraction du 30 juin 2022, a constaté la perte de validité du permis du requérant. M. B a saisi le tribunal administratif d'une requête tendant à l'annulation de la décision " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions successives de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que les points correspondant aux infractions des 21 juillet 2015, 3 janvier 2017, 28 mai 2017, 13 juin 2018 et 20 juillet 2019 ont été restitués au requérant avant l'enregistrement de la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre ces retraits de points sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

5. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant des infractions des 7 avril 2012, 9 août 2012, 20 mars 2021, 9 novembre 2021 et 8 mars 2022 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral de M. B que les infractions relevées par radar automatique les 7 avril 2012, 9 août 2012, 20 mars 2021, 9 novembre 2021 et 8 mars 2022 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit des attestations de paiement émises par le trésorier du CNT-CSA, qui établissent que le requérant s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Il a dès lors nécessairement reçu à l'adresse de son domicile un avis d'amende forfaitaire majorée relative à ces infractions, établi sur les modèles comportant les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de ce que le retrait de points n'aurait pas été précédé de l'information requise par les dispositions du code de la route doit être écarté.

S'agissant des infractions des 12 mai 2021 et 15 avril 2022 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. B que les infractions constatées les 12 mai 2021 et 15 avril 2022 ont été constatées par procès-verbal électronique sous lequel le requérant n'a pas pu apposer sa signature en raison des règles sanitaires mises en œuvre pour lutter contre la covid-19 ainsi que cela est précisé sur le document. Dans ces conditions, et alors que M. B n'en conteste pas l'exactitude, la mention de la non-apposition de sa signature à raison des règles sanitaires portée sur ce procès-verbal doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de l'intéressée. Par suite, le ministre de l'intérieur établit, ainsi que cela lui incombe, avoir délivré au requérant les informations préalables requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions des 28 février 2014 et 15 janvier 2022 :

9. Il résulte en outre des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Il appartient à l'officier du ministère public d'apprécier la recevabilité de la réclamation, sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, qu'un titre exécutoire a été émis pour le recouvrement de chacune des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 28 février 2014 et 15 janvier 2022 sans que M. B n'établisse qu'il aurait déposé de réclamations ayant entraîné l'annulation de ces titres, ni une requête en exonération. En l'absence de tout élément avancé par le requérant de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions figurant dans le relevé intégral, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 29 avril 2019 :

11. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction du 29 avril 2019 a été constatée par procès-verbal électronique et qu'un avis de contravention comportant l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été adressé à M. B le 9 mai suivant et que ce dernier n'est pas revenu avec la mention " NPAI ". Dans ces conditions le requérant doit être regardé comme ayant bénéficié de ladite information.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

12. Les infractions contestées ont toutes donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, ainsi qu'en attestent les mentions " AM amende forfaitaire majorée " et " définitive " figurant sur le relevé d'information intégral de l'intéressé. Il n'est pas établi, ni même d'ailleurs allégué, que M. B aurait formé une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de ces infractions ou de l'envoi des avis de contravention ni formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. En ce qui concerne spécialement l'infraction du 29 avril 2019, la contestation de M. B a seulement conduit l'officier du ministère public de Grenoble à une annulation partielle des poursuites. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

13. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le président,

J. P. WYSSLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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